Les lignes pures de Jean-Baptiste Huynh

Il y a des photographes, de temps à autres, qui vous donnent l’envie furieuse de défenestrer votre reflex à la seconde où vous croisez leur travail. Puis, la seconde suivante, vous reprenez votre boîtier en main pour en bidouiller les réglages tout en vous demandant : « Mais comment fait-il ?? » Jean-Baptiste Huynh est de ceux-là. Autodidacte, passionné par le noir et le blanc, Huynh est un artiste touche-à-tout particulièrement inspirant et qui aborde plusieurs registres dans le domaine de la photographie… Celui qui nous intéresse aujourd’hui est, bien sûr, le domaine des végétaux… Et vous allez voir, ce qu’il fait est tout simplement bluffant !

Tout commence (comme souvent, n’est-ce pas ?) par une rencontre. Adrien et moi nous promenions au cours de l’été 2016 du côté de Chaumont-sur-Loire, en plein cœur de la vallée des Châteaux de la Loire. Vous visualisez le panorama ? Des étendues vertes à perte de vue, balayées par un vent frais de mois de juin, des vallons creusés pendant des millénaires par le cours du fleuve, des espaces d’une richesse naturelle époustouflante et, dressées çà et là, les tours imposantes et majestueuses de châteaux bâtis par la folie des hommes.

C’est dans un de ces châteaux que nous avons passé le dernier jour de notre voyage dans la région. Là où la majorité des Palais de la Loire nous racontent l’histoire des grands seigneurs qui ont habité en leurs murs, Chaumont-sur-Loire a un parcours un peu plus original à nous présenter. Ce qui intéresse, et a toujours intéressé, ses propriétaires, c’est l’art contemporain.

Exit donc les grands rois de l’Ancien Régime, pas de chevaliers en armure à l’horizon. Dans les vastes salles aux lambris ouvragés de cette bâtisse datant du XVe siècle (son architecture caractérisée par de fortes tours situées à chaque angle du château ne trompe pas…), le visiteur navigue entre installations, peintures, vidéos, sculptures et bien sûr, photographie

 

Du côté de Chaumont…

© Jean-Baptiste Huynh
© Jean-Baptiste Huynh

 

Au premier étage, alors que nous nous promenions Adrien et moi en nous demandant quelle allait être la prochaine surprise artistique au détour du couloir, nous sommes tombés en arrêt devant ce qui se trouvait devant nous. Dans de vastes salles dont les fenêtres donnaient sur l’immense parc du domaine de Chaumont, des photographies tirées en grands formats ornaient les murs.

La pièce était volontairement dénudée : pas de mobilier, par de textile, simplement des murs d’un blanc uni qui ne détournent donc pas l’attention des visiteurs. Autant vous le dire, la nôtre n’a souffert aucune distraction, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je crois me souvenir que le premier mot qui est sorti de la bouche d’Adrien au moment d’admirer les œuvres de Huynh fut : « Magnifique ». C’était comme un cri du cœur, un éclat spontané qui dit toute la profondeur de l’émotion qui nous a frappés à ce moment-là. Il faut dire aussi que l’atmosphère du lieu d’exposition aide à pénétrer dans une ambiance propice à l’émerveillement et à l’immersion dans l’art comme dans l’esthétique.

© Jean-Baptiste Huynh
© Jean-Baptiste Huynh

 

Il me faut le reconnaître : contrairement à Adrien qui, en bon graphiste de formation, s’est toujours senti fortement attiré par le puissant contraste créé par le noir et blanc et le potentiel esthétique inimaginable de cet univers, je ne me sentais il y a encore peu (rassurez-vous, ça a bien changé depuis !) réceptive à ce monde trop froid, trop figé.

La photographie étant déjà une perception bien personnelle du monde réel, je considérais à l’époque que le noir et blanc était à même de provoquer une sorte de détachement de la part du spectateur. Ce qu’il voit n’est plus simplement une capture de l’environnement comme un cliché en couleur, c’est une reconstruction d’une parcelle de réalité qui en apparaît davantage dénaturée.

 

Influences

© Jean-Baptiste Huynh
© Jean-Baptiste Huynh

 

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Et c’est précisément ce que fait Jean-Baptiste Huynh dans ses magnifiques images. Toute une part de son travail, comme je le disais plus tôt, est centrée sur la sublimation de quelques éléments floraux, végétaux, voire fruitier (hé oui, pas de quoi être sectaire ^^). Dans son univers, on retrouve à mon sens, une influence très nette de Robert Mapplethorpe (un photographe dont on vous reparlera très prochainement sur Pose Nature, alors stay tuned…) : choix du noir et blanc bien sûr, format carré, sujets centrés, grande attention portée aux courbes et aux lignes…

Mais la comparaison s’arrête probablement là, sûrement aussi parce que le travail de Mapplethorpe est teinté d’une forte connotation sexuelle mais là encore, on vous en reparlera prochainement.  Chez Jean-Baptiste Huynh, l’idée principale est de montrer bien sûr le végétal, mais pas seulement. L’objectif (au sens propre comme au figuré) de l’artiste est la déconstruction de notre vision. Sommes-nous absolument certains que l’on regarde une fleur ? Ce melon aux aspérités que l’on devine rugueuses, ces creux sont-ils l’écorce naturelle du fruit ou n’est-ce pas plutôt une planète ?

Vous l’avez deviné, Huynh s’amuse avec notre perception, se joue de nos habitudes visuelles et surtout bouleverse notre œil. Probablement estime-t-il que montrer ce qu’il y a simplement à montrer n’est pas suffisant.

 

Choc esthétique

© Jean-Baptiste Huynh
© Jean-Baptiste Huynh

 

C’est d’ailleurs ce qui nous est arrivé lors de notre passage à Chaumont-sur-Loire. Notre imagination s’est mise en branle, précisément à cause, ou peut-être devrions-nous dire « grâce » ? au choix du noir et blanc. Les feuilles d’une plante, sa tige longue et parfaitement droite, la finesse de sa texture nous ont évoqué les formes d’une hélice. Un peu plus loin, des feuilles de cyclamen étaient des mains dressées vers le ciel, comme si elles étaient en prière.

Il y a un élan dans les clichés de Jean-Baptiste Huynh, un mouvement étiré vers le ciel ou dans notre direction. Les plantes, lorsqu’elles poussent, s’orientent naturellement vers le soleil pour mieux profiter de ses rayons bienfaiteurs. Les plantes photographiées par Huynh sont également dotées de ce mouvement et s’offrent à notre regard dans un moment suspendu, figé à jamais sur la pellicule. Oui, car selon nos informations (confidentielles, bien sûr, on fait partie de la NSA, on ne vous l’a jamais dit ?), le photographe né en 1966 travaille en argentique.

 

Expositions

© Jean-Baptiste Huynh
© Jean-Baptiste Huynh

 

Si jamais vous êtes curieux du travail de Jean-Baptiste Huynh, on ne peut que vous conseiller de courir dans les galeries parisiennes ou à Chaumont-sur-Loire, pour admirer ses photographies. Le photographe a également plusieurs ouvrages à son actif, donc un CV pour le moins rempli. Il est également possible de croiser plusieurs de ses images dans des foires d’art contemporain.

Les images de Huynh ont tout pour flatter l’œil. Jugez plutôt : des compositions gracieuses, des structures épurées, une gestion de la lumière au cordeau, des détails à couper le souffle, un contraste qui fait ressortir les matières, les aspérités, les nervures… En regardant une plante photographiée par Huynh, on a le sentiment de pouvoir toucher avec les yeux, ressentir sous nos doigts la sensation de la caresse d’une feuille sur notre épiderme. C’est quelque chose de profondément magique.

Et vous, avez-vous un photographe que vous appréciez particulièrement et que vous aimeriez nous faire découvrir ? Quoi qu’il en soit, vous pouvez compter sur Adrien et moi pour vous parler très prochainement de pleeeeeeeeeeeeein d’autres grands photographes pour qui nous avons eu de véritables coups de cœur ! Aujourd’hui l’orientation était délibérément artistique, mais que l’on se rassure, on va retourner vers le plein air très prochainement… En attendant, on vous dit à très bientôt pour un nouvel article !

Pour découvrir le travail de Jean-Baptiste Huynh, c’est juste ici !