Grégory Pol – Interview au naturel #6

Retrouvez tous les premiers lundi du mois une interview de photographe. Parler objectivement du travail d’un photographe que j’admire n’est pas chose aisée. Heureusement, il m’arrive de faire de très belles rencontres, à qui il suffit de tendre un micro pour qu’elles se racontent, le plus simplement au monde, avec bonheur et générosité. “Au naturel” est une série d’interviews de photographes confirmés et reconnus, que j’admire personnellement. C’est aussi l’occasion de découvrir des pratiques, des univers et des personnalités incroyables. Dans ces entretiens, les photographes nous parlent avec passion de leur démarche, sans artifices, ni non-dits : au naturel. Aujourd’hui, j’ai le très grand plaisir de vous faire découvrir Grégory Pol, un photographe professionnel, auteur de plusieurs livres photos et passionné par la plongée sous-marine.


 

Grégory Pol

 

Bonjour Grégory Pol, je suis ravi que tu acceptes de te prêter au jeu de l’interview. Peux-tu te présenter aux lecteurs de Pose Nature ?
Bonjour et surtout merci à toi de m’avoir proposé de participer à ce petit jeu de l’interview. Je suis Grégory POL, auteur-photographe plutôt spécialisé dans l’image nature et animalière. Je fais de la photographie assez sérieusement depuis 1998 mais ma première exposition n’a été présentée qu’en 2012. C’est l’année où j’ai décidé de commencer à montrer mes images. J’ai débuté par l’image sous-marine. Au fur et à mesure que les années ont passé, je me suis diversifié pour tenter de m’améliorer.

Je suis passé par le portrait et l’utilisation d’appareils anciens pour avoir une meilleure appréhension de la photographie en général. Aujourd’hui je fais surtout de la photographie de voyage et j’essaie de rapporter chaque fois des images pouvant faire l’objet d’un reportage ou d’une publication. Je me fixe des objectifs car cela me plaît d’avoir un but à atteindre. Parfois cela fonctionne, parfois non…

 

 

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Tu as sorti cette année ton 3ème livre photo intitulé “Les yeux du Harfang”, un magnifique oiseau que tu as suivi pendant 3 ans en Amérique du Nord. Pourquoi cet animal ?
Pour cet oiseau ce n’est pas le côté « naturaliste » qui m’a attiré mais plutôt l’esthétique de l’animal. Quand je l’ai vu la première fois je l’ai trouvé superbe et je me suis dit que je tenais peut-être un sujet intéressant. Je me suis documenté et renseigné sur lui pour me donner toutes les chances de le revoir et de le suivre plusieurs années. J’ai alors découvert un animal extraordinaire par son comportement et ses attitudes. A ce moment là, je suis quasiment tombé en amour pour le « hibou des neiges ». Le harfang des neiges souffrait d’une mauvaise image suite à de nombreuses polémiques sur le nourrissage au Canada et au Québec en particulier.

J’ai voulu redonner de sa superbe à cet oiseau magnifique en montrant des images moins spectaculaires que ce que l’on a l’habitude de voir mais plus naturelles car sans appât. J’ai suivi le harfang trois hivers à Saint-Pierre et Miquelon, à Terre-Neuve et au Groenland. Pour mon livre « Les Yeux du Harfang », j’ai utilisé du matériel photographique amateur pour tenter de montrer que l’on pouvait faire de jolies choses avec des moyens modestes. Je m’apprête maintenant à continuer mon travail sur ce bel oiseau blanc mais ce coup-ci avec du matériel plus adapté. J’en profite pour remercier CANON qui met à ma disposition le matériel nécessaire à ces futures images ainsi que JAMA Photo Nature pour le soutien matériel qu’ils m’apportent également.

Grégory Pol

Comment se déroule le processus de création d’un livre photo ? Pars-tu avec une idée bien précise dès le départ, ou laisses-tu le hasard des rencontres dicter le contenu ?
Pour le moment je n’ai publié que trois livres photos mais je travaille actuellement sur deux autres qui paraitront courant 2018. Tout le monde n’a pas la même approche ni la même idée que l’on peut se faire d’un livre. Pour mon deuxième ouvrage sur Saint-Pierre et Miquelon (« Terre de Passions » aux éditions VILO) ma volonté était de présenter un instantané de cet archipel méconnu. J’avais les images et le livre s’est construit naturellement.

Pour le livre sur le harfang, c’était différent, j’ai eu l’idée d’un livre en noir et blanc mais les images me manquaient. Il m’a fallu redoubler d’efforts pour pouvoir recueillir, sur trois hivers, suffisamment de clichés corrects. Ce livre est aussi plus intime et j’ai cherché à obtenir un résultat beaucoup plus poétique qu’ornithologique. Il a fallu ensuite trouver un éditeur prés à me suivre dans ce projet. C’est probablement la chose la plus difficile au début…

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Grégory Pol - Les yeux du Harfang

 

Lorsqu’on nous nous sommes rencontrés au Festiphoto, je t’ai demandé quelle était ta photo préférée : un harfang de dos allongé dans la neige, pour laquelle tu m’as partagé une très belle anecdote. Peux-tu nous expliquer pourquoi celle-ci en particulier ?
Oui j’aime beaucoup cette image car c’est pour moi l’aboutissement d’un long travail sur le harfang des neiges… Je suis allé tous les jours pendant une semaine à la rencontre de cet individu pour finalement réussir à l’approcher au plus près. Je suis allongé à quelques mètres de lui dans le blizzard et il regarde le soleil qui perce à peine. Il sait que je suis là et il me jauge mais il me tourne le dos comme si un sentiment de sécurité s’était instauré entre lui et moi. Il y a bien sûr d’autres paramètres qui entrent en compte au delà de ce « semblant de confiance » mais ceci est une autre histoire et je ne dévoilerai pas tout pour le moment (rire).

 

Grégory Pol

 

Tu t’es fait connaître il y a quelques années grâce à tes superbes photographies sous-marines. Est-ce que c’est un domaine qui t’intéresse toujours et que tu comptes exploiter à nouveau pour de futurs projets ?
Ma première exposition en 2012 présentait effectivement des images exclusivement sous-marines. C’est également cette année là que je recevais un prix au concours photo « Peuple et Nature » de La Gacilly avec un cliché sous-marin d’une baleine à bosse. Je me suis diversifié dans ma démarche photographique mais ma passion pour la faune aquatique est toujours présente. L’été dernier, par exemple, je me suis rendu à Mayotte pour finir une série sous-marine débutée il y a plus de 10 ans…

 

 

Grégory Pol - St Pierre et Miquelon
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Publier un livre est un peu une consécration pour tout photographe… Si tu devais donner un conseil à un photographe voulant faire un livre ?
Comme je le disais plus haut, je n’ai pas publié des dizaines et des dizaines de livres et mes conseils seront ceux issus de ma petite expérience dans ce domaine. Je pense être lucide et je crois connaitre les qualités et les faiblesses de mes livres. Je répondrais donc ceci : Un livre ne doit pas être qu’un « diaporama » de ses meilleures images. Il faut que les images racontent une histoire visuelle même si ce fil conducteur est peu perceptible. Si tout s’enchaîne naturellement je pense que c’est gagné…

Ensuite il faut se poser cette question classique : « Voulez-vous faire un livre qui plaît un peu à beaucoup de monde ou un ouvrage qui plaît beaucoup mais à moins de personnes ? ». L’idéal étant bien sûr de publier un livre qui plaît énormément à tout le monde ! J’espère que cela m’arrivera un jour ! (rire)

 

Pour terminer, quel est le matériel qui te suis partout ?
Mes jumelles, car c’est le repérage et l’observation qui conditionnent le tout.

 

Grégory Pol

 


Un grand merci à Grégory Pol pour m’avoir accordé cette interview , ce fut un vrai plaisir d’en apprendre autant, notamment sur la création d’un livre photo. N’hésitez pas à la partager autour de vous pour faire connaître son magnifique travail. Si vous connaissez également des photographes de talent (ou que vous êtes vous-même photographe confirmé), vous pouvez me contacter via le formulaire afin d’apparaître dans cette série d’interviews.

 


Grégory Pol

Grégory Pol

Grégory Pol est un marin breton mais c’est aussi un photographe exigeant et sensible. Dès l’âge de 12 ans, il voulait rejoindre l’équipe du commandant Cousteau. Aujourd’hui à 42 ans, il réalise la partie imagée de ce rêve d’enfance. Navigateur et plongeur de la Marine Nationale, il colore d’un regard poétique les photographies d’une nature pour laquelle il se bat et il capte la vie des animaux avec justesse afin qu’ils soient protégés.

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  • Michel dit :

    Bonjour Adrien,
    La lecture de tes interview me font toujours plaisir. Le partage à chaque interview, par un photographe pro ou amateur, nous transporte vers une admiration simple de la nature.