Profondeur de champ : comment obtenir de beaux fonds

Nous en avions parlé dans l’article sur l’ouverture du diaphragme et sur la mise au point, voici un dossier qui lui est entièrement consacré. Car il y a beaucoup de choses à dire dessus. La profondeur de champ est une notion absolument fondamentale en photographie et il est obligatoire de bien la comprendre afin de l’utiliser et l’exploiter au mieux. En effet, si vous voulez obtenir de beaux flous d’arrière-plan (appelés bokeh), c’est elle qui va vous permettre de donner un aspect très “créatif” à vos images. Malgré un principe un peu abstrait, la profondeur de champ est pourtant assez simple à maîtriser… sur le papier. Mais c’est sur le terrain que les choses se gâtent. Qui ne s’est jamais retrouvé avec un sujet à moitié flou ou avec un arrière-plan pas esthétique du tout ? La faute à une mise au point mal maîtrisée ! Rassurez-vous, ce n’est pas si compliqué que cela et après avoir lu cet article vous connaîtrez les secrets pour obtenir de jolis fonds sur vos photos.

 

Bokeh monster
Voici ce que nous allons apprendre à faire dans cet article. Une profondeur de champ très petite et bien gérée permet de garder le sujet net alors que tout le reste est complètement flou.

 

 QU’EST-CE QUE LA PROFONDEUR DE CHAMP ?

La profondeur de champ est ce qu’on appelle communément la zone de netteté qui se trouve sur la photo. Elle correspond à la distance qui sépare le premier endroit et le dernier endroit nets sur l’image. Tout ce qui se trouve avant et après cette zone sera donc flou. A noter que la transition entre le net et le flou se fait de manière progressive : il n’y a pas de rupture brutale, mais plutôt un dégradé dans l’intensité du flou. Cela signifie que plus vous vous éloignez de cette zone, plus ce qui apparaît sur l’image sera fortement flouté, jusqu’à “disparaître” dans un fond uni.

 

Profondeur de champ

Profondeur de champ
Evolution du flou

 

En général, lorsque l’on fait la mise au point sur un sujet, le but est d’avoir une profondeur de champ suffisante pour que celui-ci apparaisse entièrement ou partiellement net sur la photo, selon l’effet recherché par le photographe. Elle s’exprime en centimètres et sa taille, ainsi que l’intensité du flou en dehors de la zone de netteté qui en découle, dépendent de plusieurs facteurs, à savoir :

 

  • L’ouverture du diaphragme 
  • La distance entre le sujet et le photographe
  • La distance entre le sujet et l’arrière-plan
  • La longueur de la focale utilisée
  • La taille du capteur

 

Ouverture du diaphragme
F/2.8 ===> F/9

L’OUVERTURE DU DIAPHRAGME

La première chose à comprendre est que la profondeur de champ est directement liée à l’ouverture du diaphragme : plus l’ouverture est grande, plus la profondeur de champ est petite et plus l’ouverture est petite plus la profondeur de champ est grande. Vous l’aurez compris, pour obtenir de beaux flous artistiques sur vos photos, il va donc falloir ouvrir le diaphragme très grand. C’est d’ailleurs pour cela que les objectifs à très grande ouverture sont très recherchés par les photographes, car ils permettent de mettre en valeur le sujet et de bien le détacher du fond (outre le fait qu’ils soient également plus lumineux, mais forcément plus chers…). 

 

Distance arrière plan
Le schrtoumpf bleu est positionné beaucoup plus loin sur la photo de droite et disparaît donc quasiment dans le flou, alors qu’on est à la même ouverture sur les deux images

DISTANCE ENTRE LE SUJET ET L’ARRIÈRE-PLAN

Je vous ai dit dans la première partie de cet article que plus vous vous éloignez de la zone de netteté, plus ce qui apparaît sur l’image sera fortement flouté. Cela signifie donc que si un objet se trouve vraiment très loin, il apparaîtra vraiment très flou. Pourquoi ne pas utiliser ceci à notre avantage ? Si vous voulez obtenir un arrière-plan très dilué, faîtes en sorte que le premier obstacle soit le plus loin possible de votre sujet.  Attention ! Cela ne signifie pas que la profondeur de champ est plus petite si l’arrière-plan est loin, mais que le flou d’arrière-plan sera beaucoup plus prononcé visuellement sur votre image.

Variez donc vos angles de vue et/ou changez de position, tournez autour du sujet pour vous retrouver dans la meilleure situation possible.

 

 

Profondeur de champ
Pour cette photo j’étais à quelques mètres à peine, d’où ce bokeh.

DISTANCE ENTRE VOUS ET LE SUJET

Un autre facteur qui permet de modifier facilement la mise au point est de modifier la distance qui vous sépare de votre sujet. Plus vous serez proche de celui-ci et plus la profondeur de champ sera petite. C’est d’ailleurs pour cela que la PDC est minuscule en macrophotographie. À l’inverse, plus vous serez éloigné de votre sujet et plus la profondeur de champ sera grande. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est immense en photographie de paysage 🙂

Alors pensez-y lors de votre prochaine sortie et essayez de vous rapprocher le plus possible de l’animal, si votre but est d’obtenir un fond bien flou. Cela demandera du temps et de nombreuses connaissances sur les habitudes des animaux pour ne pas les faire fuir, mais le jeu en vaut la chandelle !

 

 

Sigma 150-600mm
Lire mon article test du Sigma 150-600mm

LONGUEUR DE LA FOCALE

Autre critère très important, la longueur focale. En effet, plus celle-ci est grande, plus la profondeur de champ est petite et inversement. Cela signifie que si vous prenez du même endroit un sujet à 150 mm puis à 600 mm, la profondeur de champ sera beaucoup plus petite à 600 mm. A noter que si vous voulez obtenir le même cadrage à 150 mm et à 600 mm en reculant, la profondeur de champ sera semblable dans les deux cas. En effet, le fait de reculer (la PDC va donc grandir) et de zoomer (la PDC va alors diminuer) vont se compenser l’un l’autre.

 

Taille du capteurTAILLE DU CAPTEUR

Enfin, pour terminer, la taille du capteur influence également la profondeur de champ. En effet, plus votre capteur sera grand (Full Frame), plus la PDC sera petite et inversement. Malheureusement, ce facteur n’est bien évidemment pas modifiable sans acheter un autre appareil photo possédant un capteur différent de votre modèle actuel. Donc pensez-y la prochaine fois que vous aurez envie de changer de boîtier, notamment si vous êtes amateur de macrophotographie, car les bokeh sont plus doux sur Full-Frame.

Les personnes qui ont aimé cet article ont aussi lu :  Triangle d'exposition : notion fondamentale à maîtriser en photo

 

 

Macro coccinelle
Tous ces différents facteurs fonctionnent également très bien en macrophotographie, leurs effets sont justes beaucoup plus prononcés et modifient beaucoup plus rapidement la taille de la profondeur de champ.

 

 

“Ok, donc pour résumer, pour faire de belles photos, il n’y a qu’à tout le temps se mettre à pleine ouverture, avoir une grande focale et s’approcher le plus possible ?”

 

Et bien non, ATTENTION ! Car, si sur le papier cela fonctionne, il n’est pas forcément très pertinent de toujours travailler ainsi sur le terrain. Il faudra en effet prendre en compte la situation et surtout la nature du sujet photographié. Voici un exemple pour illustrer mes propos : vous photographiez un héron pour faire un joli portrait serré de lui, de face. Très naturellement, vous allez ouvrir le diaphragme au maximum pour obtenir un joli fond bien flou, qui le mettra parfaitement en valeur. Vous faîtes la mise au point sur ses yeux et vous déclenchez avec hâte pour voir le résultat. La photo est très belle mais un petit détail vient gâcher le rendu : le bec de l’animal est en partie flou ! Que s’est-il passé ?

 

profondeur de champ

profondeur de champ
Evolution de la profondeur de champ selon l’ouverture utilisée. Notez que la profondeur s’étale de la façon suivante : 1/3 devant le sujet et 2/3 derrière.

 

Comme vous pouvez le constater sur cette illustration, la profondeur de champ est trop petite lorsque je suis à F/5 pour englober l’ensemble du bec du héron, qui est très long chez cet oiseau. Dépassant de la zone de netteté, il apparaîtra donc en partie flou sur la photo, ce qui n’est pas forcément ce que l’on voulait au départ. La solution ? Fermer un peu le diaphragme pour augmenter la profondeur de champ et avoir le bec en entier dans la zone de netteté, c’est aussi simple que ça. De cette façon, vous vous assurez d’avoir l’ensemble de la tête nette, ce qui le mettra bien mieux en valeur. Sur le terrain il vous faudra donc tester différentes ouvertures pour savoir laquelle fonctionne le mieux en fonction de votre sujet. N’hésitez pas à zoomer sur l’écran de votre appareil pour vérifier que la mise au point est bonne, sinon recommencez avec un réglage différent.

 

Sur cette photo je n’ai pas pris en compte la taille du bec, qui du coup se retrouve en dehors de la profondeur de champ – 400 mm, f/6.3, 1/50s, ISO 1 250

 

Si ces tests sont assez faciles à faire sur un héron, qui est peu mobile, il faut avouer que sur des animaux plus rapides, cela peut vite devenir compliqué. N’hésitez donc pas à vous entraîner sur des sujets faciles au début, afin de comprendre comment évolue votre profondeur de champ en fonction de l’ouverture. Avec l’expérience, vous saurez par avance quelle ouverture utiliser pour quel animal. Un gain de temps non-négligeable !

Ok, mais je viens juste de vous dire que pour avoir de beaux flous d’arrière-plan, il vaut mieux ouvrir très grand le diaphragme. Comment faire alors pour photographier des animaux “larges”, sans avoir des bokeh moches dus à une trop petite ouverture ? Rassurez-vous, il existe une autre donnée de la profondeur de champ dont je ne vous ai pas encore parlé et qui va nous permettre d’utiliser une grande ouverture : son parallélisme.

 

Profondeur-de-champ

 

Voici une animation simple en 3D pour comprendre cette notion. Comme vous pouvez le constater sur la vidéo, peu importe la rotation de l’appareil, la profondeur de champ sera TOUJOURS parallèle à celui-ci. Et c’est une notion extrêmement importante à comprendre, car elle va vous permettre d’utiliser une toute petite profondeur de champ même sur des animaux “larges”. En effet, en vous mettant bien parallèle à votre sujet, vous vous assurez d’avoir (quasiment) tout votre sujet à l’intérieur de la profondeur de champ. Mais encore une fois, cela dépendra de l’espèce photographiée, à vous de vous adapter à la situation.

 

profondeur de champ parallèle
Le héron étant très fin, peu importe l’ouverture, l’ensemble de la tête sera nette si vous êtes bien parallèle au sujet. Autant profiter de la pleine ouverture dans ce cas là.

 

Voici pour illustrer cette notion, le même héron que la photo précédente, photographié exactement au même endroit, deux minutes plus tard. Sur ce deuxième cliché, je me suis juste légèrement déplacé afin de me retrouver quasiment parallèle à sa tête et son bec. Ce placement m’a permis d’ouvrir le diaphragme d’un cran supplémentaire et de gagner ainsi de la vitesse d’obturation et d’avoir du flou plus prononcé tout autour du sujet.

 

Profondeur de champ
313 mm, f/5.6, 1/250s, ISO 1 250. Retrouvez le making-of de cette photo en cliquant ici.

 

CONCLUSION

Maîtriser votre profondeur de champ est un passage obligatoire si vous voulez progresser en photographie. En effet, elle fait partie des critères importants qui feront qu’une photo sera belle ou non et elle permettra d’être beaucoup plus créatif.  Alors prenez bien le temps de tester toutes les notions abordées dans cet article, pour comprendre son fonctionnement. Mais rappelez-vous une chose : sur le terrain, la situation idéale n’existe pas ! Il vous faudra donc jongler avec tous ces différents paramètres pour vous retrouver dans la configuration optimale. Pour finir, voici un tableau récapitulatif de tout ce que nous venons de voir, n’hésitez pas à l’utiliser aussi souvent que vous en avez besoin.

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que cet article vous a plu et qu’il vous aidera à mieux maîtriser la profondeur de champ en photographie. Si vous avez apprécié cet article n’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux afin que d’autres personnes puissent en profiter à leur tour. En attendant le prochain article… prenez des photos !

 

Infographie profondeur de champ

 

 

  • Tilman dit :

    Bon article mais difficile à lire en raison des fenêtres pub. La pdc ne diminue pas avec un capteur plus grand. Si on augmente la taille du capteur, la cercle de confusion devient plus grande… et ainsi la pdc. Donc le contraire ce que tu écris ☺ C’est la longueur focale qui intervient ici…

  • terredinfos dit :

    Les animaux c’est ce qu’il y a de plus difficiles à photographier, c’est souvent une grosse galère, merci pour toutes ces astuces 😉 Emilie

  • GoBois64 dit :

    Excellent article, superbement illustré ! Ce sont surtout tes exemples pratiques, de terrain, qui facilite bien la compréhension de la profondeur de champ. La plus grande ouverture de diaphragme est finalement réalisable sur des sujets fixes tels que les fleurs car comme tu le mentionnes pour un animal si nous tenons vraiment à l’avoir vraiment net nous sommes souvent obligé à fermer l’ouverture et finalement le plus important est de choisir un fond d’image assez éloigné du sujet pour obtenir ces fonds flous si valorisants pour nos photos.
    Adrien tes articles sont toujours très explicites et tu trouves toujours des illustrations idoines, c’est un vrai plaisir de les lire et d’apprendre, bravo !
    Bonne continuation !