Comment photographier les libellules et réussir vos photos

par Adrien Coquelle

Photographier les libellules, c’est souvent la même histoire : on aperçoit cet insecte magnifique, on lève l’appareil… et il disparaît avant même d’avoir appuyé sur le déclencheur.

La frustration est réelle, et elle est partagée par beaucoup.

Pourtant, la bonne nouvelle est simple : réussir ces photos demande bien plus de calme et de patience que de maîtrise technique.

Dans cet article, vous allez voir exactement comment s’y prendre, pas à pas. Quel matériel utiliser, sans vous ruiner ni vous perdre dans les options. À quel moment de la journée partir, car c’est probablement le conseil le plus sous-estimé de tous. Les réglages de base pour obtenir des photos nettes, même en débutant. Et les fameuses astuces de terrain que seule l’expérience du naturaliste patient permet d’apprendre.

Donc aucun réglage compliqué, aucune technique réservée aux professionnels. Juste une méthode pensée pour vous permettre de rentrer chez vous avec des images dont vous serez fier.

Et la clé de tout commence avec un choix de matériel beaucoup plus simple qu’on ne le croit.

Photographier les libellules – En bref

  • •

    Le meilleur moment pour photographier les libellules, c’est le petit matin : engourdies par le froid et couvertes de rosée, elles restent immobiles et se laissent approcher facilement.
  • •

    Le matériel idéal : un téléobjectif (70-300mm ou plus) pour garder vos distances, ou un objectif macro (90-100mm) pour les portraits serrés avec plus de prudence à l’approche.
  • •

    Les réglages de base : priorité ouverture à f/8 pour tout avoir net, et une vitesse d’au moins 1/500s pour éviter le flou de bougé.
  • •

    L’astuce comportementale clé : une libellule effarouchée revient presque toujours se poser exactement au même endroit. Patientez, elle revient.
  • •

    La règle d’or sur le terrain : avancez très lentement, sans gestes brusques, et ne faites jamais d’ombre sur l’insecte sous peine de le voir s’envoler aussitôt.
Chapitre 01

Quel est le meilleur matériel pour la photographie de libellules ?

Commençons par démonter une idée reçue qui freine beaucoup de photographes débutants.

Non, vous n’avez pas besoin d’un équipement professionnel hors de prix pour photographier les libellules avec succès. Et si vous en doutez encore, le matériel haut de gamme n’est pas un prérequis pour faire de belles photos animalières.

En fait, n’importe quel appareil photo à objectif interchangeable, qu’il soit un vieux reflex qui traîne dans un placard ou un hybride récent, fera parfaitement l’affaire. Ce qui compte avant tout, c’est l’objectif que vous montez dessus et la distance à laquelle il vous permet de travailler.

Voilà le vrai sujet.

Gros plan d'une libellule Anax empereur posée sur un roseau, illustrant comment photographier les libellules avec une approche douce.

La libellule est un insecte extrêmement sensible aux vibrations et aux mouvements. Elle détecte une approche bien avant que vous ne soyez à portée de photo. Donc la priorité numéro un, c’est de rester suffisamment loin pour ne pas la déranger. Et c’est précisément là que le choix de l’objectif devient décisif.

1.1

Le téléobjectif : votre meilleur allié pour garder vos distances

C’est l’option que je recommande en priorité à tous ceux qui débutent dans la photo de libellules.

Un téléobjectif dans la plage des 70-300mm ou mieux encore des 150-600mm vous permet de rester à une distance confortable, souvent entre un et deux mètres de l’insecte, tout en remplissant suffisamment le cadre pour obtenir une belle image.

L’avantage est double :

  • •

    Vous ne faites pas fuir la libellule, car vous restez hors de sa zone d’alerte
  • •

    Vous obtenez automatiquement un flou d’arrière-plan très agréable, parce que les longues focales compressent la scène et détachent naturellement le sujet de son environnement

Photographe naturaliste accroupi avec un téléobjectif au bord d'une mare au lever du soleil pour photographier les libellules sans les effrayer.

Ce flou que l’on appelle le bokeh, c’est ce qui donne à vos photos cet aspect “professionnel” que tout le monde admire. Et avec un téléobjectif, vous l’obtenez presque sans effort. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à mieux comprendre comment maîtriser la profondeur de champ et le bokeh.

Il faut savoir que j’ai longtemps hésité avant d’investir dans un 150-600mm. Je travaillais avec un 70-300mm d’entrée de gamme. Les résultats étaient déjà franchement satisfaisants pour débuter, et cet objectif m’a permis d’apprendre sans me ruiner.

Voici un comparatif simple pour vous aider à choisir :

Objectif Distance de travail Facilité d’approche Flou de fond Budget indicatif
70-300mm ~1,5 à 2m Facile Bon Abordable
150-600mm ~2 à 4m Très facile Excellent Moyen à élevé
100-500mm ~1,5 à 3m Facile Très bon Élevé
1.2

L’objectif macro : pour capturer les détails des ailes

L’objectif macro, c’est une autre approche. Complètement différente, et franchement fascinante.

Avec un 90mm ou un 100mm macro, vous pouvez obtenir des portraits serrés d’une netteté saisissante : chaque nervure des ailes, les facettes des yeux composés, les reflets métalliques du thorax… des détails invisibles à l’œil nu qui deviennent les sujets de photos extraordinaires.

Infographie comparative pour photographier les libellules : configuration téléobjectif 150-600mm vs objectif macro 100mm avec distances de sécurité.

Mais il y a une contrepartie importante à connaître.

Un objectif macro vous oblige à vous approcher beaucoup plus près de l’insecte, parfois à seulement 20 ou 30 centimètres. Ce niveau de proximité demande une patience et une lenteur d’approche bien plus grandes qu’avec un téléobjectif. La moindre erreur, un geste trop rapide, une ombre portée sur l’animal, et la libellule disparaît. Si ce type de défi vous attire, la macrophotographie ouvre un monde de détails fascinants qu’il vaut la peine d’explorer.

En résumé, voilà comment je positionne les deux options :

  • •

    Le téléobjectif : idéal pour débuter, plus de marge à l’approche, résultats rapides et satisfaisants
  • •

    L’objectif macro : pour aller plus loin dans le détail, mais cela demande davantage de pratique et de discrétion

L’un n’est pas meilleur que l’autre. Ils répondent simplement à deux envies différentes.

Et maintenant que vous savez quoi mettre devant votre boîtier, il reste une question bien plus importante à régler. Une question que presque personne ne se pose au départ, et qui fait pourtant toute la différence entre rentrer bredouille et rentrer avec des photos magnifiques.

En bref : quel est le meilleur matériel pour la photographie de libellules

En bref

  • •

    N’importe quel boîtier à objectif interchangeable convient pour photographier les libellules.
  • •

    Le choix de l’objectif est ce qui fait vraiment la différence.
  • •

    Le téléobjectif (70-300mm ou 150-600mm) permet de rester loin de l’insecte sans le faire fuir, et produit naturellement un beau flou de fond.
  • •

    L’objectif macro (90-100mm) révèle des détails extraordinaires mais exige une approche beaucoup plus lente et précise.
  • •

    Pour débuter, le téléobjectif est l’option la plus accessible et la plus rassurante.
Chapitre 02

La règle d’or méconnue : choisissez le bon moment de la journée

Voilà la vérité que j’aurais voulu que quelqu’un me dise dès le départ.

Vous pouvez avoir le meilleur objectif du monde, parfaitement réglé, avec la lumière idéale… et rentrer quand même bredouille. Parce que vous êtes sorti au mauvais moment.

C’est l’erreur numéro un des débutants qui veulent photographier les libellules. Et elle est presque universelle.

La plupart des gens arrivent au bord d’une mare en plein après-midi, entre 13h et 16h, quand le soleil tape fort. Et là, effectivement, les libellules sont partout. Elles virevoltent, chassent, patrouillent leur territoire à toute vitesse. Magnifiques, mais totalement ingérables à photographier.

En plein cagnard, une libellule adulte est au sommet de ses capacités physiques. Elle est vive, alerte, imprévisible. Elle peut parcourir plusieurs dizaines de mètres en une fraction de seconde. Vous n’aurez presque jamais le temps de faire la mise au point.

Il faut donc jouer autrement.

Infographie pédagogique présentant le cycle d'activité des libellules selon l'heure et la température pour aider à mieux les photographier.

2.1

La magie du petit matin et de la rosée

C’est un fait naturaliste que peu de photographes connaissent, et qui change absolument tout.

Les libellules sont des insectes à sang froid. Leur température corporelle dépend directement de la température ambiante. Le matin, quand la nuit a refroidi l’air, elles sont littéralement engourdies. Leurs muscles ne fonctionnent pas encore à plein régime. Elles sont incapables de décoller en urgence comme elles le feraient à 15h.

Et s’il y a eu de la rosée pendant la nuit, la situation est encore plus favorable pour vous.

Les gouttelettes d’eau se déposent sur les ailes et le corps de l’insecte, ajoutant un poids supplémentaire. Une libellule couverte de rosée reste sur son perchoir. Elle attend que le soleil la réchauffe. Elle n’a tout simplement pas d’autre choix.

C’est là que tout se joue.

Entre 7h et 9h30 du matin en été, selon la météo de la nuit précédente, vous trouverez des libellules immobiles sur les tiges de roseaux, les brindilles, les feuilles de nénuphars. Certaines les ailes encore repliées contre le corps. D’autres les ailes ouvertes, cherchant à capter les premiers rayons.

Vous pouvez vous approcher à quelques dizaines de centimètres sans qu’elles bougent.

Je me souviens d’une sortie au bord d’un étang dans la Brenne, par un matin de juillet très frais. Je m’attendais à trouver quelques sujets. En fait, j’en ai compté plus de vingt posées sur les roseaux en bordure d’eau, dans un rayon de dix mètres. Toutes immobiles. La lumière rasante du matin créait des reflets dorés sur leurs ailes humides. J’ai passé deux heures à photographier les libellules dans leur élément sans jamais avoir à courir après un seul insecte.

Gros plan macro d'une libellule empereur bleue couverte de rosée sur un roseau à l'aube, illustrant comment photographier les libellules au repos.

La lumière du matin est également un cadeau en termes photographiques.

Elle est douce, rasante, colorée. Elle crée des reflets magnifiques sur les ailes translucides des libellules. Elle réchauffe les couleurs métalliques du corps. Et comme elle vient d’un angle très bas, elle détache parfaitement le sujet de son arrière-plan.

En bref, voici ce qui joue en votre faveur au petit matin :

  • •

    La libellule ne peut pas fuir : elle est trop froide pour voler correctement
  • •

    La rosée la leste et l’oblige à rester sur son perchoir
  • •

    La lumière est optimale : douce, directionnelle, chaude
  • •

    L’ambiance est unique : brume légère, silence, reflets sur l’eau

Il n’y a aucun autre moment de la journée où autant d’avantages se cumulent en même temps.

2.2

La douceur des fins de journée pour photographier les libellules

Si le petit matin n’est vraiment pas envisageable pour vous, il reste une deuxième fenêtre favorable.

En fin de journée, environ une à deux heures avant le coucher du soleil, les températures commencent à redescendre. Les libellules le sentent. Elles ralentissent progressivement leurs activités et cherchent un perchoir pour passer la nuit.

Photographe animalier accroupi avec un téléobjectif 150-600mm au bord d'un étang pour photographier les libellules sans les faire fuir à l'heure dorée.

Ce comportement naturel joue en votre faveur.

Une libellule qui se prépare à dormir est bien moins prompte à s’envoler qu’une libellule en pleine activité de chasse. Elle se pose, reste quelques secondes, repart parfois, puis revient sur le même brin d’herbe ou la même tige. Elle cherche son endroit. Et quand elle l’a trouvé, elle s’y installe.

Il faut savoir que la lumière de fin de journée, ce qu’on appelle la lumière dorée, est également très flatteuse pour ce type de photo. Les tons chauds, les ombres longues, les reflets orangés sur l’eau… l’atmosphère est complètement différente du matin, mais tout aussi belle. C’est d’ailleurs l’une des qualités que l’on retrouve aussi en macrophotographie d’insectes au petit matin, où la lumière rasante révèle chaque détail du sujet.

Voici comment se comparent les deux créneaux favorables :

Critère Petit matin (7h-9h30) Fin de journée (1h avant coucher)
Mobilité de l’insecte Très faible (froid + rosée) Modérée (refroidissement progressif)
Lumière Dorée, rasante, reflets de rosée Dorée chaude, ombres longues
Facilité d’approche Excellente Bonne
Durée de la fenêtre 1h30 à 2h 45 min à 1h30
Niveau débutant ⭐⭐⭐⭐⭐ ⭐⭐⭐⭐

En résumé, si vous devez choisir, misez sur le petit matin avec de la rosée. C’est de loin la situation la plus favorable pour photographier les libellules sans les faire fuir, quelle que soit votre expérience.

Et maintenant que vous savez quand sortir et avec quel objectif, il reste une chose à maîtriser avant de partir sur le terrain : savoir quoi faire de vos mains une fois l’appareil levé.

La règle d'or méconnue : choisissez le bon moment de la journée

En bref

  • •

    Les libellules sont des insectes à sang froid : le froid les ralentit, la rosée les immobilise.
  • •

    Le créneau idéal pour les débutants : entre 7h et 9h30 le matin, après une nuit fraîche.
  • •

    La rosée déposée sur les ailes les oblige à rester posées, parfois pendant plusieurs heures.
  • •

    La lumière du petit matin est douce, rasante et chaude : un avantage photographique rare.
  • •

    La fin de journée (1h avant le coucher du soleil) offre une deuxième fenêtre favorable.
  • •

    Les libellules cherchent alors un perchoir pour la nuit et ralentissent naturellement.
  • •

    Si vous devez choisir un seul créneau, misez sur le petit matin avec de la rosée.
Chapitre 03

Les bons réglages pour une photo de libellule bien nette

Vous savez maintenant quand partir et avec quel objectif. Vous êtes au bord de l’eau, il est 8h du matin, la lumière est magnifique, et vous avez devant vous une libellule posée bien sagement sur une tige de roseau.

Et là, l’appareil en main, une seule question s’impose : quels réglages choisir pour ne pas rater cette photo ?

C’est le moment où beaucoup se paralysent. On hésite, on tourne les molettes dans tous les sens, et la libellule repart avant qu’on ait appuyé sur le déclencheur.

Voilà pourquoi j’ai envie de vous donner ici des repères simples, clairs, et directement utilisables sur le terrain. Pas un cours d’optique. Juste ce dont vous avez besoin pour rentrer avec des images nettes.

Infographie pédagogique expliquant les réglages pour photographier les libellules : ouverture f/8, vitesse 1/500s et ISO auto, avec comparaison net vs flou.

3.1

Figer une libellule posée : le mode Priorité Ouverture à f/8

Quand la libellule est posée et immobile, vous avez de la chance. Prenez le temps de bien régler votre appareil.

Le mode que je recommande dans cette situation, c’est le mode Priorité Ouverture. Sur votre boîtier, il s’appelle Av sur un Canon ou Pentax, et A sur un Nikon, Sony ou Fuji. Si vous n’êtes pas encore à l’aise avec les différents modes de prise de vue, c’est le moment idéal pour s’y pencher. C’est ce mode qui vous donne le contrôle sur la profondeur de champ, c’est-à-dire la zone de netteté dans votre image.

Et pour photographier les libellules posées, la valeur à retenir est f/8.

Pourquoi f/8 précisément ?

Parce que c’est l’équilibre parfait entre deux besoins contradictoires :

  • •

    Avoir tout l’insecte net : les libellules ont un corps allongé, parfois orienté en diagonale par rapport à votre axe de prise de vue. Si vous ouvrez trop (f/2.8 ou f/4), seule la tête sera nette et le reste sera flou.
  • •

    Garder un arrière-plan agréablement fondu : si vous fermez trop (f/16 ou f/22), le fond devient trop présent, trop détaillé, et vient concurrencer visuellement votre sujet.

À f/8, vous obtenez les deux à la fois. L’insecte entier est net, et le fond reste doux derrière lui.

Gros plan macro d'une libellule Anax empereur bleue posée sur un roseau au lever du soleil, illustrant la méthode pour photographier les libellules de près.

Un dernier détail important : essayez, autant que possible, de vous mettre au même niveau que la libellule. Si vous la photographiez du dessus, la profondeur de champ doit couvrir toute la longueur de son corps. Si vous vous mettez à sa hauteur, face à elle ou de profil, la profondeur de champ nécessaire est beaucoup plus petite, et le résultat est bien plus réussi.

Voici un tableau récapitulatif des ouvertures selon les situations les plus courantes :

Situation Ouverture conseillée Résultat attendu
Portrait de face ou de profil f/5.6 à f/8 Yeux et tête nets, corps légèrement fondu
Libellule de trois-quarts f/8 Corps entier net, fond doux
Vue du dessus, corps en diagonale f/11 Toute la silhouette nette
Détail d’aile seul (macro) f/5.6 Nervures nettes, arrière-plan très flou
3.2

Comment éviter le flou de bougé en photo animalière : la règle des 1/500s

Le flou de bougé, c’est sans doute la première cause de photos ratées en photographie de libellules. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il s’évite facilement une fois qu’on comprend d’où il vient. Pour aller plus loin sur ce sujet, j’ai écrit un article complet sur comment éviter les photos floues en photo animalière.

Il y a deux sources de flou à distinguer :

  • •

    Le flou dû au mouvement de l’insecte : même une libellule “immobile” fait de petits mouvements. Les antennes bougent, les ailes vibrent légèrement, la tête pivote.
  • •

    Le flou dû au tremblement de vos mains : tenir un appareil avec un téléobjectif, en légère contorsion au bord d’une mare à 8h du matin, ce n’est pas toujours confortable.

Pour contrer les deux, il faut une vitesse d’obturation suffisamment rapide.

La règle que j’applique sur le terrain est simple : jamais en dessous de 1/500s pour une libellule posée et calme. Et si elle montre des signes de nervosité, ou si vous utilisez un téléobjectif long, montez à 1/800s ou 1/1000s sans hésiter.

Photographe naturaliste accroupi au bord d'un étang avec un téléobjectif sur monopode pour photographier les libellules au lever du soleil.

Mais voilà le problème que beaucoup de débutants rencontrent : le matin, la lumière est encore faible. Et pour atteindre 1/500s avec une ouverture à f/8, l’appareil va automatiquement monter la sensibilité ISO pour compenser le manque de lumière.

Beaucoup craignent le bruit numérique, ce grain visible sur l’image, comme s’il s’agissait d’une catastrophe.

Je vais vous dire quelque chose que j’aurais voulu entendre plus tôt : une photo légèrement grainée mais nette est infiniment meilleure qu’une photo floue. Le grain, ça se tolère, parfois même ça donne du caractère. Le flou, lui, ne se récupère pas.

En pratique, voici les plages ISO que j’utilise selon le boîtier :

  • •

    ISO 400 à 800 : idéal, qualité d’image excellente sur n’importe quel appareil récent
  • •

    ISO 1600 : tout à fait acceptable, grain discret sur un capteur moderne
  • •

    ISO 3200 : utilisable si la lumière l’exige, à gérer en post-traitement
  • •

    Au-delà de 6400 : à réserver aux situations d’urgence, qualité qui se dégrade

Donc ne bloquez pas vos ISO à 100 par principe. Laissez votre appareil monter à 800, voire 1600 si nécessaire, et priorisez toujours la vitesse d’obturation.

Infographie comparative pour photographier les libellules : différence entre flou de bougé à 1/60s et photo nette à 1/500s avec guide des ISO.

Une autre solution très efficace pour réduire le flou de bougé sans monter les ISO, c’est d’utiliser un monopode. Ce simple bâton avec une rotule à l’extrémité vous permet de soutenir votre téléobjectif tout en restant mobile. C’est l’outil que j’emporte systématiquement au bord de l’eau. Moins encombrant qu’un trépied, il absorbe une bonne partie des vibrations et évite la fatigue musculaire au bout d’une heure de session. Si vous hésitez encore sur le support à choisir, jetez un œil à ce guide pour bien choisir votre rotule photo animalière.

En résumé, les réglages de départ que je vous recommande pour commencer sont les suivants :

  • •

    Mode : Priorité Ouverture (Av ou A)
  • •

    Ouverture : f/8
  • •

    Vitesse minimale : 1/500s
  • •

    ISO : Auto, avec un plafond à 1600 ou 3200 selon votre boîtier
  • •

    Stabilisation : activée sur l’objectif et/ou le boîtier
  • •

    Mise au point : sur l’œil de l’insecte, toujours

Ces valeurs ne sont pas gravées dans le marbre. Mais elles vous donnent une base solide pour ne pas arriver sur le terrain en partant de zéro.

Il faut savoir qu’une fois ces automatismes en place, vous pouvez vraiment concentrer votre attention sur ce qui compte vraiment : la façon dont vous vous approchez de l’animal. Et c’est là que se jouent les meilleures photos.

En bref : les bons réglages pour une photo de libellule bien nette

En bref

  • •

    Le mode Priorité Ouverture (Av / A) vous donne le contrôle sur la netteté et le fond flou.
  • •

    f/8 est la valeur de départ idéale : tout l’insecte net, arrière-plan agréablement fondu.
  • •

    Se mettre au même niveau que la libellule réduit la profondeur de champ nécessaire et améliore le résultat.
  • •

    1/500s minimum pour figer l’insecte et absorber les micro-tremblements.
  • •

    Les ISO en Auto plafonné à 1600 : une photo grainée mais nette vaut toujours mieux qu’une photo floue.
  • •

    Le monopode est l’outil idéal au bord de l’eau : stable, léger, et vous laisse mobile.
  • •

    La mise au point se fait toujours sur l’œil de l’insecte, sans exception.
Chapitre 04

Mes 3 astuces de terrain pour une approche en douceur

Vous avez maintenant tous les éléments en main côté technique. Le bon matériel, le bon moment, les bons réglages.

Mais il reste quelque chose que personne ne peut vous donner dans un tableau de paramètres ou une liste de conseils théoriques.

La façon dont vous vous comportez face à l’animal.

C’est elle qui fait la différence entre deux photographes ayant exactement le même équipement. Et c’est souvent là que tout se joue.

J’ai appris ces choses à la dure, en ratant des dizaines de photos, en faisant fuir des centaines de libellules avant de comprendre pourquoi. Voilà ce que le terrain m’a enseigné.

Gros plan d'une libellule Caloptéryx vierge couverte de rosée au lever du soleil, illustrant l'art de photographier les libellules sans les faire fuir.

4.1

Le secret de la marche au ralenti pour photographier les libellules sans les faire fuir

La première erreur que je faisais, et que je vois faire à la quasi-totalité des débutants, c’est d’avancer normalement vers l’insecte.

Pas en courant. Pas en gesticulant. Juste… en marchant normalement.

Et ça suffit à faire fuir la libellule.

Il faut comprendre que cet insecte est un prédateur d’une efficacité redoutable. Ses yeux composés couvrent presque 360 degrés. Il détecte le moindre mouvement dans son champ de vision, même périphérique. Et son système nerveux réagit en quelques millisecondes.

Dès qu’il perçoit une masse en mouvement qui se rapproche, il part.

La solution, c’est donc de ralentir bien au-delà de ce qui vous semble raisonnable. On parle d’une avancée de quelques centimètres toutes les trois ou quatre secondes. Un pas, une pause. Un pas, une pause. Votre corps doit sembler faire partie du décor.

Quelques règles pratiques à intégrer :

  • •

    Ne levez jamais le bras de façon brusque pour positionner l’appareil. Montez-le lentement, comme si vous faisiez du tai-chi
  • •

    Évitez les vêtements qui bruissent : les synthétiques “scratchent” à chaque mouvement, et le son se propage particulièrement bien près de l’eau
  • •

    Posez vos pieds avec précaution : un craquement de brindille ou un clapotis dans la boue peut suffire à déclencher le départ de l’insecte

Photographe naturaliste en tenue de camouflage s'approchant lentement au bord d'un marais pour photographier les libellules sans les faire fuir au lever du soleil.

Et voilà une erreur que j’ai commise des dizaines de fois avant de comprendre pourquoi mes libellules s’envolaient alors que j’avançais pourtant très lentement.

Je faisais de l’ombre sur l’insecte.

C’est probablement la cause de fuite la plus sous-estimée de toutes. Une libellule posée au soleil surveille en permanence les variations de lumière autour d’elle. Dans la nature, une ombre qui passe soudainement, c’est un prédateur qui arrive. Oiseau, grenouille, ou autre. Son réflexe de fuite est immédiat et automatique.

Donc, même si vous avancez au ralenti, au millimètre, si votre silhouette se place entre le soleil et l’insecte, il partira.

La règle est simple : gardez toujours le soleil dans votre dos ou sur le côté. Ne laissez jamais votre ombre s’allonger vers votre sujet. Et si vous n’avez pas le choix en raison de la position du soleil, changez d’angle d’approche plutôt que d’insister.

Ce seul réflexe m’a évité d’innombrables fuites.

Illustration pédagogique expliquant comment photographier les libellules en évitant de projeter son ombre sur l'insecte : comparaison entre le bon angle d'approche et l'erreur de placement face au soleil.

4.2

Repérez la règle des perchoirs favoris : l’astuce comportementale qui change tout

Voilà l’astuce que je considère comme la plus précieuse de toutes. Et c’est aussi celle que les débutants ont le plus de mal à appliquer, parce qu’elle demande de faire quelque chose qui va à l’encontre de leur instinct.

Rester immobile. Et attendre.

Voici le comportement que vous devez connaître.

Les libellules sont des animaux très territoriaux. Chaque individu surveille et défend un périmètre précis autour d’un plan d’eau. Et dans ce territoire, il y a presque toujours un ou deux perchoirs favoris, des postes d’observation surélevés depuis lesquels la libellule guette ses proies et surveille ses congénères.

Ces perchoirs sont souvent les mêmes d’une session de chasse à l’autre. Une brindille particulière, une tige de roseau au-dessus de l’eau, la pointe d’une feuille de nénuphar.

Et voici ce qui est vraiment utile à savoir : quand vous faites fuir une libellule, dans la grande majorité des cas, elle revient se poser exactement au même endroit quelques minutes plus tard.

Elle n’a pas changé d’avis sur son perchoir. Elle a juste effectué un tour de circuit pour signaler sa présence, puis elle revient à sa base.

Comportement observé Ce que ça signifie Quoi faire
La libellule repart brusquement Vous avez déclenché sa fuite Restez immobile, attendez 2 à 4 minutes
Elle effectue un cercle et revient Comportement territorial normal Préparez votre cadre sur le perchoir vide
Elle se pose ailleurs et repart Cherche son perchoir habituel Identifiez le perchoir et cadrez-le
Elle ne revient pas Trop dérangée, ou changement d’activité Cherchez un autre individu

Gros plan d'un Anax empereur se posant sur un roseau, illustrant comment photographier les libellules avec une mise au point précise sur les yeux.

Donc en pratique, voilà ce que je fais systématiquement quand j’arrive sur un site.

Je commence par observer avant de photographier. Cinq à dix minutes sans appareil levé, juste à regarder les comportements. Je repère quels insectes reviennent régulièrement au même endroit, sur quelle tige, quel angle de lumière. Si vous souhaitez aller plus loin dans cette logique d’observation préalable, j’explique comment bien préparer ses sorties en animalier pour maximiser vos chances dès les premières minutes.

Une fois le perchoir identifié, je m’installe à bonne distance. Je fais la mise au point sur ce perchoir vide. Je règle mon cadre. Et j’attends.

La libellule finit toujours par revenir.

Je me souviens d’une sortie sur les bords d’un étang dans les Landes. J’avais repéré une grande libellule bleue, un anax empereur, qui revenait systématiquement se poser sur la même tige de jonc, à environ deux mètres de la berge. À chaque fois que je tentais de m’approcher, elle repartait. J’ai compris le mécanisme, je me suis assis à trois mètres de la tige, j’ai attendu. En douze minutes, elle est revenue. Je n’avais plus qu’à appuyer sur le déclencheur.

La patience n’est pas une qualité optionnelle en photo naturaliste. C’est la technique la plus efficace qui soit. Cette même logique d’attente s’applique d’ailleurs à bien d’autres espèces : c’est exactement ce que j’explique dans mon article sur l’approche et l’affût pour photographier le héron cendré.

Et si vous pensez que maîtriser votre posture sur le terrain est la dernière chose à apprendre pour réussir vos photos de libellules, il reste encore un point que très peu de gens anticipent, et qui peut transformer radicalement la qualité de vos images sans toucher à un seul réglage.

En bref - Mes 3 astuces de terrain pour une approche en douceur

En bref

  • •

    Avancez au ralenti extrême : quelques centimètres toutes les trois ou quatre secondes, un pas puis une pause.
  • •

    Montez votre appareil lentement, évitez les vêtements synthétiques qui bruissent et posez les pieds avec précaution.
  • •

    Gardez toujours le soleil dans le dos : une ombre qui passe sur une libellule déclenche une fuite immédiate.
  • •

    Les libellules ont des perchoirs favoris fixes, qu’elles retrouvent systématiquement après une fuite.
  • •

    Observez cinq à dix minutes avant de photographier pour identifier ces perchoirs.
  • •

    Cadrez le perchoir vide, faites la mise au point dessus, et attendez le retour de l’insecte.
  • •

    La patience est la technique la plus efficace sur le terrain, bien plus que n’importe quel réglage.
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Avis final

À vous de jouer sur le terrain

Une fois sur le terrain, vous allez réaliser quelque chose d’assez surprenant : photographier les libellules devient presque méditatif. On observe, on attend, on ralentit. Et c’est souvent dans ces moments de calme que les meilleures images arrivent, sans qu’on les ait vraiment cherchées.

Un dernier conseil que je n’ai pas encore mentionné, et pourtant il vaut de l’or : notez vos sites favoris et les conditions météo de chaque sortie. Un carnet simple, ou même une note sur votre téléphone, ça suffit largement. Avec le temps, vous allez repérer des patterns, les mares qui sont actives après une nuit fraîche, les semaines où la rosée est présente, les espèces qui apparaissent selon les mois. N’hésitez vraiment pas à le faire dès votre prochaine sortie, car cette mémoire de terrain, elle vaut de l’or.

Donc dites-moi, je suis sincèrement curieux de savoir où vous en êtes : quel est votre plus grand défi en ce moment, est-ce de réussir à vous approcher assez près, ou d’obtenir une mise au point parfaitement nette sur les yeux de l’insecte ? Le fameux problème que rencontrent la plupart des photographes naturalistes !

Répondez en commentaire juste en dessous, je lis chaque message et je réponds personnellement.

Je vous souhaite de très belles photos et je vous dis à bientôt pour un nouvel article.

Adrien.

  • J’ai essayé de trouver des libellules un matin (7-8h30) par beau temps dans une zone ou la journée il y a plein d’odonates, caloptéryx notamment mais là, ce matin la je n’ai rien trouver, pas une seule ! Pas de chance ou une erreur de ma part qui comptait pouvoir les photographier avec les belles couleurs et la rosée su matin ?

    • Quand il y a des changements de températures et de temps brutaux, il arrive qu’elles restent cachées. Je pense que dans quelques jours ça ira mieux 😉

  • Aurélien André dit :

    Excellent !
    Très instructif Adrien, je ne lis que très rarement tes articles et c’est sûrement une erreur car ils sont souvent très bien fait et très ludiques. Bravo
    Merci pour toutes ces infos qui viennent en complément de celles que je connaissais déjà 😉

    Bonne continuation
    Aurélien

    • Merci Aurélien, je ne suis pas sûr de pouvoir t’apprendre grand chose mais ça fait toujours plaisir ce genre de message 😉

  • Merci pour cet article intéressant, bien documenté et agrémenté de jolies photos.
    L’avantage de photographier les libellules tôt le matin, c’est aussi que parfois elles sont couvertes de perles de rosée. Cela renforce la beauté des photos, je trouve.
    Pour ma part, pour photographier les libellules, je travaille souvent en mode manuel, avec un trépied et une mise au point via l’écran de mon reflex (un écran orientable est très appréciable dans ce cas).

  • Bonjour Adrien,
    Merci pour ces conseils. Il est vrai qu’il n’est pas facile de les photographier. L’année dernière j’ai fait une tentative, j’ai vite abandonné.
    Cette année je vais suivre tes conseils, on verra les résultats!

  • gobois64 dit :

    Bonjour Adrien !
    Le printemps semble te titiller quelque peu on dirait 🙂 et je peux te confirmer que tu n’es pas le seul 🙂
    Ton article fort bien documenté et illustré ne peut que nous inciter à nous intéresser à ces charmants insectes. Tous tes conseils pratiques d’approche et de prise de vues ne vont que nous faciliter le plaisir de les saisir sur nos respectifs capteurs.
    Question objectifs une réflexion m’interpelle.
    Sur de nombreux forums, blogs souvent les odonates sont photographiés à ouverture moyenne (entre 5.6 et 8) pour disent-ils et je les comprends, pour avoir une netteté sur la totalité de leurs corps car à grande ouverture (ex f/2.8), ces petites bêtes se positionnent rarement parallèlement à nos capteurs donc toujours une partie est floue (qui peut être recherché par certains photographes pour obtenir des photos encore plus créatives).
    Voili, voilou, en te remerciant encore une fois de partager avec nous tes connaissances de la nature et de la photographie, je te souhaite une bonne fin de semaine.

    PS : un site très complet pour différencier nos chères odonates : http://www.nature22.com/
    Mais pour d’autres, amateurs comme moi, à grande ouverture les photos obtenues sont souvent décevantes.
    Alors pour avoir quelques satisfactions photographiques fermer le diaphragme est la solution.
    Ma question serait la suivante. Un objectif à ouverture moins performante peut-il convenir ? par exemple un zoom (intéressant aussi pour l’approche) à ouverture comprise entre 3.5 et 6.3.
    Ma question est intéressée tu t’en doutes bien car la catégorie de prix n’est pas la même entre l’excellent Sigma 150mm f/2.8 voire le tout excellent Canon 300mm et un 70-200 voire un 70-300 voir un 16-300.
    Pour finir je voudrais préciser un point. J’obtiens souvent de meilleurs résultats lorsque je choisis le mode Tv (vitesse). Je me positionne souvent sur 1/500° avec un ISO entre 400 et 800 voire Auto. Je dois préciser que j’utilise un Tamron 18-270 f/3.5-6.3, évidemment pas le plus performant pour ce type de photos.

    • Hello, j’étais sûr que tu laisserais un commentaire, j’ai pensé à toi en écrivant l’article 😉 Merci encore pour ce message très pertinent.

      Pour l’histoire d’avoir le corps entièrement net, j’ai souvent eu cette remarque effectivement, apparemment c’est un peu une “règle” chez les macrotistes…

      Personnellement ça ne me gène pas du tout d’avoir une partie floue, je préfère avoir un bokeh travaillé, car je n’ai pas du tout de démarche naturaliste ou entomologiste. D’ailleurs sur aucune de mes photos l’ensemble de l’animal est complètement net. Est-ce que ça fait des photos moins belles ? Ce n’est pas à moi d’en juger je pense, mais moi ça me plait ainsi ^^

      Bref, question de goût j’imagine.

      Fermer un peu le diaphragme a l’avantage de faciliter la prise de vue effectivement, car à pleine ouverture la mise au point est difficile à faire. Si la végétation le permet, je me verrai bien fermer le diaph, mais par habitude je suis quasiment toujours à f/2.8 donc je n’y pense pas.

      Je vais aller voir ton site, merci beaucoup pour le partage, c’est vrai que c’est compliqué d’identifier les différentes espèces tellement il y en a…

      Pour ta question sur les objectifs, du moment que tu peux te rapprocher assez près pour faire une bonne proxi, l’ouverture ne devrait pas être une excuse. Il y a toujours moyen de palier avec une bonne prise de vue (variation de l’angle, trouver un arrière-plan éloigné, etc…)

      J’espère t’avoir aidé.

      • gobois64 dit :

        Adrien tes articles me sont toujours utiles et encore plus celui-ci. Tes photos aux bokehs travaillés me plaisent beaucoup mais je suis loin d’arriver à ce stade créatif !

  • Merci pour tous ces bons conseils pour ce grand classique de la macro.
    J’aime bein aller sur site le soir, repérer leur dernier perchoir pour la nuit à l’aide d’un bambou terminé par un scotch orange (sans trop s’approcher pour ne pas les faire fuir) et ainsi le lendemain, on s’évite de longues minutes de recherches aux instants où la lumière est la plus belle

    • Yes, merci Sébastien pour cette astuce qui vient compléter l’article, c’est vrai qu’il est plus facile et confortable de faire du repérage la veille au soir 🙂

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