Comment photographier les libellules et réussir vos photos

 Vous aussi vous avez été fasciné plus d’une fois par le ballet insaisissable des libellules s’ébattant au-dessus d’un plan d’eau, n’est-ce pas ? Mais alors pour leur tirer le portrait, c’est une toute autre histoire…

Car la plupart des insectes de la famille des libellules ne se posent que rarement dans la journée et, si elles le font, c’est le plus souvent hors de notre portée.

Ce qui semble donc être une partie de plaisir peut rapidement tourner au cauchemar.

Afin de vous aider à réussir vos sorties, voici quelques astuces, tirées de ma propre expérience, pour photographier les libellules dans les meilleures conditions possibles et augmenter vos chances de rentrer la carte mémoire bien remplie.


Les libellules : deux grandes familles

Les libellules sont des insectes à corps allongé, possédant deux paires d’ailes généralement transparentes, et dont les yeux volumineux leur permettent de chasser efficacement leurs proies.

Ils sont aquatiques à l’état larvaire et terrestres à l’état adulte.

Ce sont des prédateurs, que l’on peut rencontrer dans tous les types de milieux naturels, mais que l’on croise le plus souvent aux abords des zones d’eau douce dont ils ont besoin pour se reproduire.

Par abus de langage, le terme “libellule” désigne en fait les odonates, qui regroupent deux ordres d’insectes :

  • Les libellules (ou anisoptère) : elles sont grosses, volent vite et font beaucoup de bruit en battant des ailes
  • Les demoiselles (ou zygoptères) : beaucoup plus petites et plus fines, elles sont généralement moins actives que leurs grandes sœurs

Si vous n’y connaissez rien pas de panique, une fois que vous aurez vu les deux, vous ne pourrez plus vous tromper, car la différence de taille est vraiment importante.

Par simplicité, j’utiliserai donc dans cet article le mot “libellule” pour désigner les deux familles.

gif-libellules

Comment photographier les libellules

Si vous vous intéressez à la macrophotographie, il est quasiment impossible que l’idée de photographier ces jolis insectes ne vous soit pas venue à l’esprit.

Les libellules sont en effet un des sujets stars en photographie rapprochée et le nombre de photos magnifiques visibles sur les réseaux sociaux vous a très certainement donné l’envie de tripoter le boîtier plus d’une fois. 

Le grand avantage de ces insectes est que l’on peut en croiser énormément dans nos campagnes et parcs si on sait les repérer. Le grand nombre d’espèces présentes en France permet en effet de se faire largement plaisir et d’être créatif.

Macrophoto de libellule
Libellule

Pour autant, cela ne signifie pas qu’il est facile de les photographier, et encore moins de faire de belles photos. Comme toutes les espèces animales, il va falloir glaner de nombreuses informations sur leurs habitudes et comportements si vous ne voulez pas rentrer bredouille.

Voici quelques pistes à explorer.


A quelle heure les photographier ?

A ce niveau, il n’y a vraiment pas de secret…

Le milieu de la photographie le dit et le répète, parfois à tue-tête, mais c’est pourtant vrai : il n’y a rien de mieux pour réaliser de belles images que les lumières du matin et du soir.

Les ombres seront rasantes, les couleurs atténuées, les lumières adoucies et la teinte globale de vos clichés sera d’une belle atmosphère dorée : c’est ce qu’on appelle les fameuses golden hours.

Outre l’aspect esthétique de ces lumières matinales, le lever et le coucher du soleil sont vraiment le moment idéal pour photographier les libellules, car leur activité en vol est beaucoup moins importante.

En effet, il faut savoir que les insectes, y compris les libellules, sont fortement influencés par l’heure de la journée.

Lorsque le soleil rayonne haut dans le ciel, l’activité de nos petites créatures bat son plein, car la chaleur excite leur organisme et les pousse à être en permanence en mouvement.

Pas le temps de traîner, il faut chasser, manger, se reproduire, défendre son territoire… Tout un programme !

Mais quand l’astre du jour n’est pas encore totalement levé ou, qu’au contraire, il est en train de se coucher, les odonates se révèlent beaucoup plus calmes.

Vous aurez en effet bien plus de chance de photographier les libellules dans des postures idéales lorsqu’elles sont encore toutes engourdies de sommeil, paralysées par la fraîcheur de la nuit ou simplement en train de se préparer pour dormir.

Photographier les libellules

Ceci est particulièrement vrai pour les grosses libellules qui ne se posent quasiment jamais en journée.

Les demoiselles, comme les agrions par exemple, sont en général moins énervées la journée que leurs grandes sœurs et il est beaucoup plus simple de leur tirer le portrait.

Néanmoins, à moins de vouloir frôler la crise de nerf ou de tenter de les prendre en vol (ce qui est vraiment très difficile à faire), je vous conseille fortement de profiter de la chaleur de la journée pour faire une sieste ou pour retoucher vos photos.

Le ton est donné, il va falloir se lever tôt…

Où et comment les trouver ?

En choisissant de vous poster près d’une étendue d’eau très calme, vous augmenterez vos chances de rencontrer ces jolis insectes volants.

Les odonates affectionnent en effet particulièrement les espaces aquatiques de type étangs, mares, marais, lacs ou encore les bras morts de rivières (vous y trouverez surtout des caloptéryx).

Ils peuvent ainsi se poser sur la surface tranquille de l’eau, disposer d’insectes en abondance, mais également de végétation à laquelle s’accrocher entre deux parties de chasse.

Il est également possible d’en croiser dans d’autres endroits, tel que des champs ou des forêts, mais la présence d’un plan d’eau stagnante est vraiment l’option la plus sûre, car c’est définitivement leur milieu préféré.

agrion
photographier les libellules

Une fois que vous arrivez sur place, prenez quelques minutes en restant à distance pour observer les bordures.

Il ne vous faudra en effet pas très longtemps avant d’observer quelques belles en train de tournoyer dans les airs.

Si vous arrivez avant le lever du jour et qu’elles ne sont pas encore en activité, alors approchez vous doucement des roseaux, leur support préféré. Il y a fort à parier que quelques agrions se cachent derrière les feuilles, à l’abri des prédateurs.

Profitez alors de ces quelques dizaines de minutes avant le lever du soleil pour en repérer plusieurs et disposez des marqueurs naturels (gros cailloux, bout de bois,…) au sol afin de les retrouver facilement une fois la lumière levée.

Vous disposerez généralement d’une petite heure avant que vos sujets du jour prennent leur envol, alors soyez rapides et efficaces.

Sujet centré en photo

Comment les approcher ?

Si vous souhaitez que vos modèles favoris se tiennent tranquilles, commencez donc par montrer l’exemple.

Un rien effraie les animaux et les insectes ne font pas exception à la règle. Il est donc primordial de se faire oublier lorsqu’il est question d’approcher des insectes comme les libellules, qui se montrent particulièrement sensibles aux gestes brusques.

La quasi immobilité est vraiment la clé pour réaliser de jolies photos, car vous devrez faire accepter votre présence avant de pouvoir poser le bout de votre objectif à seulement quelques centimètres d’eux.

Alors déplacez-vous toujours au ralenti et utilisez des gestes amples.

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La profondeur de champ : comment obtenir de beaux bokeh

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Miniature_Profondeur de champ

Attention à votre ombre !

Il n’y a pas que les chevaux qui ont peur de l’ombre, les odonates aussi !

On le sait, les insectes n’apprécient rien de plus que de se laisser chauffer par le soleil pendant de longues minutes, avant de repartir à la chasse aux moucherons.

Et nos petites libellules ne font pas exception à la règle.

Seul problème, le soleil trop puissant est l’ennemi du photographe, car il crée de trop forts contrastes et des zones cramées sur les photos.

La tentation devient alors très forte : pourquoi ne pas essayer de projeter sa propre ombre sur l’insecte que l’on souhaite figer, afin d’avoir une atmosphère un peu plus douce ?

Et là… c’est le drame.

Adrien Coquelle

Hé oui, les libellules sont particulièrement attentives aux brusques changements de luminosité.

Mettez-vous à leur place : vous êtes en train de vous dorer la pilule quand soudainement vous êtes plongés dans l’ombre !

Il y aurait de quoi vous réveiller n’est-ce pas ?

Et bien c’est pareil pour nos insectes, car pour eux une ombre soudaine rime avec menace. Faites donc attention à votre ombre, qui peut facilement faire fuir vos modèles du jour. 

Mais pas de panique ! Sachez que si les libellules s’enfuient facilement, j’ai remarqué qu’elles ont très souvent tendance à revenir se poser exactement à l’endroit (ou à proximité) qu’elles ont quitté quelques secondes plus tôt…

Soyez donc patient et avec un peu de chance, vous pourrez les prendre en photo !

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Canon 100mm Macro L : le test complet

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Canon 100mm Macro_Miniature

Quel(s) objectif(s) Utiliser ?

J’utilise personellement le Canon 100mm f/2.8 L Macro, un objectif taillé pour la macrophotographie, mais n’importe quel objectif macro est parfaitement utilisable.

Au niveau du confort d’utilisation, l’idéal reste selon moi le Sigma 150 mm f/2.8 , car il allie performance optique et distance de prise de vue optimale.

Canon 100mm Macro USM

La proxiphotographie est également tout à fait possible et je ne saurais que vous conseiller d’utiliser un 300 mm f/4, voir si vous avez les moyens de vous faire plaisir un 300 mm f/2.8.

 La grande longueur de ces focales vous permettra d’obtenir des fonds très dilués, ce qui effacera la végétation trop présente.

Oubliez les focales se situant en dessous de 90 mm, car même si il est tout à fait possible de s’approcher très près avec une bonne pratique, vous manquerez beaucoup trop d’occasions et le plaisir laissera place à la frustration de voir vos sujets s’envoler trop souvent. 

Un agrion un peu trop curieux


Quels réglages utiliser ?

Ici pas vraiment de secret, cela dépendra surtout du rendu que vous souhaitez obtenir.

Néanmoins, pas besoin d’une très grande vitesse d’obturation, car la plupart du temps les sujets seront immobiles sur leur support. Il faudra donc surtout jouer sur l’ouverture du diaphragme.

Car comme n’importe quel être vivant, nos chères libellules ont besoin de se poser de temps à autres, en particulier les agrions. 

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La vitesse d'obturation : comprendre son fonctionnement

Découvrez dans cet article de nombreux conseils et astuces pour utiliser au mieux la vitesse d'obturation

Miniature_Vitesse d'obturation

Tous les odonates apprécient les bosquets de plantes vivant au bord de l’eau. Leurs longues tiges fines, leur proximité avec leur milieu naturel mais aussi leur densité permet aux insectes de se reposer, de se nourrir et aussi de se cacher. 

Et c’est là où réside toute la difficulté, car il va falloir faire avec toute cette végétation pour bien composer vos images. Et bien évidemment, hors de question d’essayer de retirer la brindille qui se trouve juste devant votre sujet : le moindre mouvement le fera fuir.

Une bonne solution est donc d’utiliser une très grande ouverture du diaphragme, afin d’obtenir une profondeur de champ minimale et ainsi noyer ces éléments parasites dans de beaux fonds.

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L'ouverture du diaphragme

Découvrez dans cet article de nombreux conseils et astuces pour comprendre et utiliser au mieux l'ouverture du diaphragme


Conclusion sur les libellules

Les libellules sont des insectes incroyables et passionnants, dotés d’une vision exceptionnelle et d’une grâce naturelle évidente.

Leur rendre hommage en photo est donc la suite logique pour tout amoureux de macrophotographie.

Bien que ce ne soit pas le sujet le plus compliqué à prendre en photo, il me semblait nécessaire de consacrer un article complet sur comment photographier les libellules, car il est selon moi important de connaître les habitudes d’une espèce avant de la photographier dans les meilleures conditions possibles et sans danger.

Bout-de-bois

En effet, je tiens à souligner un dernier point : les libellules sont des animaux extrêmement fragiles, alors ne les manipulez jamais, car la moindre erreur pourrait leur être fatale (ailes coupées, corps broyé, etc..).

De même, ne vous prenez pas de passion pour le jardinage lors d’une session photo et préférez photographier une autre libellule, plutôt que de défricher tout autour de celle qui se trouve en plein milieu des roseaux.

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  • donlope dit :

    Merci pour tous ces bons conseils pour ce grand classique de la macro.
    J’aime bein aller sur site le soir, repérer leur dernier perchoir pour la nuit à l’aide d’un bambou terminé par un scotch orange (sans trop s’approcher pour ne pas les faire fuir) et ainsi le lendemain, on s’évite de longues minutes de recherches aux instants où la lumière est la plus belle

  • gobois64 dit :

    Bonjour Adrien !
    Le printemps semble te titiller quelque peu on dirait 🙂 et je peux te confirmer que tu n’es pas le seul 🙂
    Ton article fort bien documenté et illustré ne peut que nous inciter à nous intéresser à ces charmants insectes. Tous tes conseils pratiques d’approche et de prise de vues ne vont que nous faciliter le plaisir de les saisir sur nos respectifs capteurs.
    Question objectifs une réflexion m’interpelle.
    Sur de nombreux forums, blogs souvent les odonates sont photographiés à ouverture moyenne (entre 5.6 et 8) pour disent-ils et je les comprends, pour avoir une netteté sur la totalité de leurs corps car à grande ouverture (ex f/2.8), ces petites bêtes se positionnent rarement parallèlement à nos capteurs donc toujours une partie est floue (qui peut être recherché par certains photographes pour obtenir des photos encore plus créatives).
    Voili, voilou, en te remerciant encore une fois de partager avec nous tes connaissances de la nature et de la photographie, je te souhaite une bonne fin de semaine.

    PS : un site très complet pour différencier nos chères odonates : http://www.nature22.com/
    Mais pour d’autres, amateurs comme moi, à grande ouverture les photos obtenues sont souvent décevantes.
    Alors pour avoir quelques satisfactions photographiques fermer le diaphragme est la solution.
    Ma question serait la suivante. Un objectif à ouverture moins performante peut-il convenir ? par exemple un zoom (intéressant aussi pour l’approche) à ouverture comprise entre 3.5 et 6.3.
    Ma question est intéressée tu t’en doutes bien car la catégorie de prix n’est pas la même entre l’excellent Sigma 150mm f/2.8 voire le tout excellent Canon 300mm et un 70-200 voire un 70-300 voir un 16-300.
    Pour finir je voudrais préciser un point. J’obtiens souvent de meilleurs résultats lorsque je choisis le mode Tv (vitesse). Je me positionne souvent sur 1/500° avec un ISO entre 400 et 800 voire Auto. Je dois préciser que j’utilise un Tamron 18-270 f/3.5-6.3, évidemment pas le plus performant pour ce type de photos.

    • Hello, j’étais sûr que tu laisserais un commentaire, j’ai pensé à toi en écrivant l’article 😉 Merci encore pour ce message très pertinent.

      Pour l’histoire d’avoir le corps entièrement net, j’ai souvent eu cette remarque effectivement, apparemment c’est un peu une “règle” chez les macrotistes…

      Personnellement ça ne me gène pas du tout d’avoir une partie floue, je préfère avoir un bokeh travaillé, car je n’ai pas du tout de démarche naturaliste ou entomologiste. D’ailleurs sur aucune de mes photos l’ensemble de l’animal est complètement net. Est-ce que ça fait des photos moins belles ? Ce n’est pas à moi d’en juger je pense, mais moi ça me plait ainsi ^^

      Bref, question de goût j’imagine.

      Fermer un peu le diaphragme a l’avantage de faciliter la prise de vue effectivement, car à pleine ouverture la mise au point est difficile à faire. Si la végétation le permet, je me verrai bien fermer le diaph, mais par habitude je suis quasiment toujours à f/2.8 donc je n’y pense pas.

      Je vais aller voir ton site, merci beaucoup pour le partage, c’est vrai que c’est compliqué d’identifier les différentes espèces tellement il y en a…

      Pour ta question sur les objectifs, du moment que tu peux te rapprocher assez près pour faire une bonne proxi, l’ouverture ne devrait pas être une excuse. Il y a toujours moyen de palier avec une bonne prise de vue (variation de l’angle, trouver un arrière-plan éloigné, etc…)

      J’espère t’avoir aidé.

      • gobois64 dit :

        Adrien tes articles me sont toujours utiles et encore plus celui-ci. Tes photos aux bokehs travaillés me plaisent beaucoup mais je suis loin d’arriver à ce stade créatif !

  • Michel dit :

    Bonjour Adrien,
    Merci pour ces conseils. Il est vrai qu’il n’est pas facile de les photographier. L’année dernière j’ai fait une tentative, j’ai vite abandonné.
    Cette année je vais suivre tes conseils, on verra les résultats!

  • Merci pour cet article intéressant, bien documenté et agrémenté de jolies photos.
    L’avantage de photographier les libellules tôt le matin, c’est aussi que parfois elles sont couvertes de perles de rosée. Cela renforce la beauté des photos, je trouve.
    Pour ma part, pour photographier les libellules, je travaille souvent en mode manuel, avec un trépied et une mise au point via l’écran de mon reflex (un écran orientable est très appréciable dans ce cas).

  • Aurélien André dit :

    Excellent !
    Très instructif Adrien, je ne lis que très rarement tes articles et c’est sûrement une erreur car ils sont souvent très bien fait et très ludiques. Bravo
    Merci pour toutes ces infos qui viennent en complément de celles que je connaissais déjà 😉

    Bonne continuation
    Aurélien

  • Nicolas dit :

    J’ai essayé de trouver des libellules un matin (7-8h30) par beau temps dans une zone ou la journée il y a plein d’odonates, caloptéryx notamment mais là, ce matin la je n’ai rien trouver, pas une seule ! Pas de chance ou une erreur de ma part qui comptait pouvoir les photographier avec les belles couleurs et la rosée su matin ?

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