Naska Photographie – Interview au naturel

Parler objectivement du travail d’un photographe que j’admire n’est pas chose aisée. Heureusement, il m’arrive de faire de très belles rencontres, à qui il suffit de tendre un micro pour qu’elles se racontent, le plus simplement au monde, avec bonheur et générosité. Ce fut le cas lorsque j’ai proposé à Olivier Jouaud, alias Naska sur les réseaux sociaux, de répondre à quelques-unes de mes questions concernant sa pratique photographique. Ce fut en me promenant sur internet, à la recherche de belles inspirations, que j’ai pu admirer son travail tout en clair-obscur, traduisant un grand amour des insectes en plus d’un sens esthétique certain. Ni une ni deux, j’ai pris la plume pour rédiger une série de questions, auxquelles Olivier a gentiment accepté de répondre. Il ne me reste plus qu’à vous laisser parcourir cette interview que j’ai adoré mener, et je vous donne rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode de cette nouvelle série baptisée “Au naturel“.

 


 

 

Bonjour Olivier, commençons par le basique : peux-tu te présenter aux lecteurs du blog ?

 

Bonjour Adrien , je m’appelle Olivier, j’ai 37 ans et j’habite dans le sud de l’Oise, proche de Senlis. Sur le net, on me connaît principalement sous le pseudo de Naska. Je fais de la photo par passion et de façon autodidacte depuis l’été 2010, mais je suis vraiment arrivé à la photo par le plus grand des hasards. Pour faire court, je possédais des aquariums avec de toutes petites crevettes d’eau douce de moins de 2cm et j’ai rapidement voulu les prendre en photo. De cette intention est née une belle aventure photographique dont je me réjouis aujourd’hui.

 

Je t’ai contacté car j’adore l’atmosphère atypique que tu arrives à mettre dans chacune de tes photos. Y a t-il une patte “Naska” ? Si oui, comment obtiens-tu ce genre de rendu avec des couleurs très sombres et souvent froides ?

 

Dans un premier temps, merci pour l’intérêt porté à l’univers que je propose. Voir son travail recevoir un si bel accueil est à mon sens la meilleure récompense que l’on puisse espérer en tant que photographe. Cela pourrait paraître prétentieux de dire qu’il y a une patte « Naska », mais l’intention de vouloir se démarquer et d’offrir quelque chose de différent est bien présente, en effet. Je reçois de plus en plus de messages, avis et analyses dans ce sens qui me confortent dans cette idée, car les gens qui me suivent affirment reconnaître mon travail sans difficulté à présent. J’ai même pu en rire dernièrement lors de ma première expo, avec des visiteurs qui en voyant mes oeuvres accrochées ont dit : « Tiens c’est bizarre on dirait du Naska ! ». Les gens ne sont pas encore habitués à voir mon nom et prénom…

C’est vraiment une victoire personnelle d’avoir ce genre de retours, car pendant longtemps, je me suis cherché un style. C’est d’ailleurs peut-être la chose la plus difficile dans cette passion et maintenant qu’elle est présente, je suis d’autant plus épanoui, car cela m’ouvre encore plus l’esprit pour le côté créatif et artistique, même si le chemin est encore long.

Comment j’obtiens ces rendus ? Disons que je me sers des couleurs que la nature nous offre, ensuite j’y applique des modifications de colorimétrie simples ou poussées, pour arriver à créer ces univers qui me font vibrer. Je me suis d’ailleurs créé une importante série de presets totalement personnels, avec de multiples variantes qui sont de toute façon ajustées par rapport à chaque image et chaque message que je souhaite faire passer. Etrangement cette palette est partie à la base de presets que je m’étais confectionnés pour l’urbex, puis j’ai fait évoluer les choses et ajusté petit à petit les réglages, pour arriver à ce que l’on connaît à présent. Mais je compte bien faire encore évoluer ce style !

 

naska photographie
Dernières lueurs – © Olivier Jouaud

 

On doit souvent te poser la question, mais t’autorises-tu une part importante de retouche ou tout est-il fait à la prise de vue ?

 

Tout dépend ce que l’on entend par retouche. Pour ma part, je préfère parler de développement que de post-production. Je travaille et réfléchis mes images essentiellement à la prise de vue, que ce soit pour le bokeh (flou d’arrière et/ou avant plan) ou pour la composition. Les sujets statiques me permettent encore plus de réfléchir à tout cela, comme les fleurs ou les champignons par exemple, sur lesquels j’ai fait une série.

Après je n’ai recours qu’à des retouches localisées en cas de nécessité, pour enlever des éléments disgracieux que je n’aurais pas vus ou pu gérer en situation de prise de vue. Les photos d’insectes me laissent parfois peu de temps pour déclencher, donc ce n’est pas toujours évident de penser sa composition, mais en aucun cas je ne réalise de « montage » à proprement parler. Toutes mes photos sont réalisées en milieu naturel, avec un respect évident de la faune et de la flore. Toutes les ambiances que l’on peut voir sur mes photos sont réalisées avec les éléments qui entourent ma scène. Après, c’est une question de réglages du matériel, combinés avec les éléments d’arrière-plan et la lumière naturelle.

 

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L’évolution du style d’Olivier.

 

Une chose m’a vraiment marqué dans tes photos postées sur Facebook : nous pouvons observer une fracture très nette au niveau de ton style. Comment expliques-tu cela ? As-tu eu un déclic ?

 

En effet, c’est très juste ! Il faut savoir que je suis revenu à la macro/proxi en avril 2016, mais j’avais gardé ce côté très illustratif de la photo, plus proche de l’observation entomologique. Bien que j’aime beaucoup les photos très naturelles, je n’y trouvais pas le côté artistique qui manquait à mes intentions, mais ça, je ne l’ai découvert que quelques mois après…

En fait, j’ai beaucoup travaillé et cherché à comprendre ce qui me fascinait dans les photos de certains photographes et j’ai cherché les réponses à mes questions. En apprenant à déchiffrer visuellement leurs travaux et en lisant des interviews, j’ai compris dans quelle direction il me fallait aller. Sur ma page Flickr, la fracture dont vous parlez est bien plus visible encore grâce la galerie. Depuis le 16 avril 2016, je publie une photo par jour et c’est aussi pour moi un bon indicateur de mon évolution. On peut se rendre compte sur ma page Facebook qu’en Août 2016 je commence à me chercher dans le style des couleurs.

Et oui il y a bien eu un déclic, le 26 septembre 2016 exactement, lorsque j’ai publié la photo ci-dessous. Cette photo a reçu un très bel accueil et fait d’ailleurs partie de ma première série d’expositions. Elle a été le pilier qui m’a permis de prendre un nouveau départ mais aussi de prendre enfin confiance en moi.

 

Naska photographie
Les mille et une nuits – © Olivier Jouaud

 

Un sujet de prédilection ? Tu sembles ne pas te limiter à une ou deux espèces.

 

En fait, je suis un grand gourmand et je ne me lasse pas de découvrir les richesses de Dame Nature. Je trouverais dommage de ne pas mettre à l’honneur cette faune et cette flore tellement complètes et diversifiées. Et il me reste encore tellement de choses à découvrir !

Si je devais donner un insecte coup de cœur, c’est sans hésiter la mante religieuse. Cet insecte me fascine et je l’ai pourtant si peu photographié pour le moment… Son graphisme, ultra esthétique, est un régal à photographier. Mais au-delà de ça, c’est un insecte captivant de par ses attitudes. La mante offre des expressions par ses positions, ses mouvements de tête mais aussi son regard. Bref, j’en suis gaga ! J’ai également hâte de croiser la route d’un insecte qui lui ressemble beaucoup, à savoir l’empuse. 

Voilà d’ailleurs en-dessous une seconde photo déclic. C’est la première photo qui m’a donné l’envie d’écrire, et pourtant, je n’ai pas l’âme d’un littéraire…

 

Naska photographie
Effervescence colorée – © Olivier Jouaud

 

Question matos : tu ne shootes qu’au 150mm macro ? Pourquoi cet objectif plutôt qu’un autre ?

 

Le 150mm macro Sigma est un objectif que je possède depuis 3 ans et c’est vraiment un allié de taille, avec une qualité qui n’a pas à rougir devant ses concurrents. Il me permet de garder une certaine distance avec mes sujets, comparé à des focales plus courtes et souvent utilisées, comme le 100mm. Cela me permet de prendre un peu plus de recul et de composer à souhait, en cherchant toujours à ne pas déranger la micro faune. Ceci dit, en fin de saison 2016, j’ai craqué pour un téléobjectif, un 300mm canon IS L f4. Il va m’apporter plus de flexibilité en proxy dans certaines conditions, mais aussi me permettre de mieux aborder les papillons et les caloptéryx qui sont un peu plus farouches et délicats à approcher.

Les personnes qui ont aimé cet article ont aussi lu :  Michel d’Oultremont : Interview, Hokkaido et conseils photo

Mais aujourd’hui, je dois l’avouer, j’ai encore du mal à me détacher du 150mm…

 

Passer de l’Urbex à la macrophotographie, quel écart ! Sur ton site tu n’expliques pas vraiment en détails pourquoi être revenu à la nature. Quel est ce “trait d’union” dont tu parles ?

 

Disons qu’en urbex j’aimais vraiment cette atmosphère d’un temps suspendu, comme si j’étais ailleurs, avec ces odeurs, ces bruits ou plutôt le calme, ponctué par les bruits de la nature. Il y avait aussi un peu l’excitation de jouer avec les interdits, parfois le danger, mais je reste fasciné par la force que possède la nature pour prendre possession des lieux. Au niveau de l’urbex, je dirais, sans rentrer dans de grands discours, que j’ai été déçu par les mentalités du milieu, mais aussi par les dérives que l’on constate. Je n’en fais pas une généralité, il y a des personnes respectueuses qui ne faisaient que voler des images. Mais ces personnes là sont trop peu nombreuses, malheureusement.

La première fois où j’ai voulu faire de l’exploration urbaine c’est justement car j’étais comme « Whaou », saisi par ce côté jungle et totalement dépourvu de vie humaine. J’ai aussi arrêté car, à mon sens, les gens ne prenaient pas suffisamment le temps de comprendre le message et les émotions évoquées au travers des images. L’effet de mode a fait aussi que je me suis vite lassé de voir les mêmes photos partout, et au-delà d’une sensation de déjà-vu, j’étais agacé d’être indirectement témoin des vols et dégradations qui étaient amplifiés à chaque fois qu’un nouvel endroit était découvert et révélé au public. Du coup j’ai fait un constat simple : j’étais arrivé à la photo par et avec la macrophotographie et le moteur qui animait cette passion était la nature. CQFD.

À partir de ce moment, je suis revenu à la macro, enrichi sur le plan technique mais aussi sur ma réflexion photographique. Toute aventure est bénéfique, qu’elle soit bonne ou mauvaise.

 

Naska photographie
A chacun ses sommets – © Olivier Jouaud

 

Tu as récemment eu quelques-unes de tes photos exposées dans le salon privé de l’hostellerie, à Senlis. Les expositions sont un objectif important que tu te fixes dans ta carrière de photographe ?

 

Oui, ce fut une excellente expérience. Il faut savoir que je suis du genre timide et pas du tout à l’aise en public. Mais j’ai pris vraiment beaucoup de plaisir lors de cet événement car cela m’a permis de parler de ma passion. Exposer était vraiment quelque chose qui m’effrayait à cause de ma timidité, mais aussi à cause de mon manque de confiance, que je ressentais il y a encore peu de temps. Mais malgré cette timidité, c’est maintenant devenu un objectif important pour moi d’exposer, car je ressens le besoin et l’envie de partager en direct avec les autres.

Internet est un moyen de communication formidable s’il est bien utilisé, mais il manque cruellement d’interactivité, de spontanéité et d’humanité. J’ai envie de partager des choses concrètes, de communiquer et de répondre aux questions,  afin d’expliquer et d’exprimer ce qui me donne envie de créer ces images. Mais j’ai également envie d’échanger, pour savoir comment les gens perçoivent et interprètent mon travail, de savoir ce que celui-ci leur évoque et, surtout, pourquoi.

 

Naska photo
Purple rain – © Olivier Jouaud

 

Au niveau de tes inspirations, lis-tu des magazines/livres photo ? Des modèles que tu admires, peut-être ?

 

J’essaie de travailler ce style personnel pour éviter justement de reproduire ce que d’autres font déjà très bien. Si je dois citer un magazine en priorité, c’est « Macrophotographie ». J’aime sa conception, l’idée de présenter de façon complète un artiste et son travail. Cela a été et reste un support qui m’aide à comprendre et aborder la photographie. Après, je ne suis pas un grand lecteur, sauf si je suis passionné par le sujet. J’ai dernièrement acheté et lu en intégralité « les secrets de la photo d’animaux » d’Erwan Balança, qui est vraiment un très bon livre et qui m’a aidé à avancer, même s’il s’agit d’une discipline autre que la macro. J’ai également le livre « Macrophotographie » de Frédéric Labaune et Daniel Nardin, car je reste toujours autant passionné par le détail du tout-petit.

Si je devais citer une personne qui m’a vraiment donné le goût du travail artistique, c’est mon ami Sébastien Del Grosso. Quand j’ai découvert son travail, j’étais admiratif et je le regardais en me disant « Un jour j’aimerais faire un travail aussi qualitatif ». Nous avons eu le plaisir d’ailleurs, une fois, de partager ensemble une sortie Urbex dont je garde un excellent souvenir, en plus du fait d’y avoir découvert une belle personne très humble et généreuse. Aujourd’hui, je reçois ses encouragements et félicitations sur mon travail, et c’est limite inespéré pour moi car je suis toujours autant admiratif de son travail.

Ensuite il y a différentes personnes que j’admire et qui font également un travail remarquable. Certains sont d’ailleurs devenus des amis. Il serait difficile de tous les citer de peur d’en oublier, mais pour donner des noms et vous inviter à découvrir leurs univers, n’hésitez pas à consulter les photos de Thomas vanderheyden, Bastien Riu, Florence Dabenoc, Emmanuel Graindépice, Nicolas Frin, Thomas Delahaye, Adeline Capon, Myriam Dupouy, Bruno Schultz, Fabien Dubessy, Aurélien Primot, Nicolas Dupuis, Laurent Fiol, Jérémy May, Cyril Peron et tant d’autres. Sans oublier de citer l’excellent Vincent Munier, que l’on ne présente plus.

 

 

Comment se retrouve-t-on à être publié dans un magazine allemand ? J’espère d’ailleurs te voir rapidement dans Macrophotographie !

Je vois que mon site internet a été étudié sous toutes ses coutures !

Comme je disais plus haut, je suis venu à la photo par hasard en voulant photographier les habitants d’aquariums que je possédais. C’est une autre passion, qui a occupé mon temps libre pendant 6 années, mais que j’ai stoppée pour me recentrer essentiellement sur la photographie. Je possédais un peu plus de 40 aquariums, ce qui représente environ 3500 litres, destinés uniquement aux crevettes d’eau douce. À cette époque j’ai été repéré par le rédacteur en chef de ce magazine allemand destiné aux invertébrés, tels que les crabes et les crevettes. Ils étaient intéressés par les photos que je réalisais de ces sujets, mais aussi car j’avais réussi à obtenir des hybridations qui se démarquaient. Ils m’ont alors proposé une interview pour faire découvrir et expliquer comment j’avais obtenu ce résultat, tout en faisant profiter de mes photos. Par chance, j’ai eu un magnifique article de 4 pages et une de mes photos en couverture.

J’espère que d’autres belles aventures du genre viendront étoffer la page “publication”de mon site internet. Quand à une parution dans Macrophotographie, j’en serais vraiment très flatté et honoré si cela venait à se produire…

Je finirai en t’adressant tout mes remerciements les plus sincères pour cette interview. J’ai vraiment été séduit par l’idée et le concept de ce site internet très soigné et qualitatif. J’aime le message qu’il propose et la façon dont tu me l’as présenté. Je suis vraiment très flatté et fier d’y contribuer aujourd’hui et je lui souhaite, comme à toi, un très bel avenir.

Amicalement,

Olivier

 


Je tiens à remercier chaleureusement Olivier pour sa gentillesse, sa simplicité, son temps,  et ses compliments sur mon projet, qui me motivent énormément à continuer Pose Nature. Une très belle rencontre avec une très belle personne. Retrouvez son magnifique travail sur son site internet et sur les réseaux sociaux. Si vous connaissez également des photographes de talent (ou que vous êtes vous-même photographe confirmé), vous pouvez me contacter via le formulaire afin d’apparaître dans cette série d’interviews.

À bientôt pour un nouvel épisode plein d’inspiration !

 

Acheter sur Amazon les livres cités dans l’interview :

Les secrets de la photo d’animaux

Macrophotographie

 


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Je m’appelle Olivier JOUAUD, né en 1979 je suis originaire du sud de l’Oise proche de la région Île de France.

100% autodidacte, je suis arrivé à la photo un peu par hasard courant 2010, à l’époque je possédais un aquarium et je voulais simplement photographier les poissons mais surtout les toutes petites crevettes d’eau douce qu’il contenait.

 


 

  • Michel dit :

    Très belle présentation et interview. Pour des amateurs, je trouve cela superbe et vous remercie tous les deux pour cette ouverture aux autres, votre passion pour la nature et la photo. je vous souhaite une belle réussite et surtout restez tel que vous êtes simple et humble devant cette nature qui nous le rend bien, si nous la respectons!