Comment faire la mise au point en photographie ?

Après avoir vu les principaux réglages pour obtenir une photographie bien exposée (je vous invite à consulter le guide du débutant pour (re)lire les articles correspondants), nous ouvrons aujourd’hui le dossier sur la netteté en photographie. Les photos floues sont l’ennemi numéro un du débutant et le plus « difficile » à dépasser. En effet, alors qu’il est possible d’éviter les erreurs d’exposition grâce aux mécanismes automatiques de l’appareil, les photos floues restent un réel problème pour celui qui découvre la photographie, car elles dépendent dans 99% des cas… d’une erreur du photographe lui-même. Outch ! Vos photos sont floues, vous aussi ? Pas de panique, nous allons voir dans ce dossier les différentes causes et comment y remédier. Aujourd’hui nous allons apprendre… à bien faire la mise au point.

mise au point
Même situation, différentes mises au point

Qu’est ce que la mise au point ?

La mise au point (abréviation MAP) est l’opération qui consiste, pour un photographe, à régler la netteté de l’image qu’il veut obtenir (cf Wikipédia). En gros, c’est le fait de décider à quel endroit la photo sera parfaitement nette. Un objectif photo fonctionne sensiblement de la même façon que l’œil humain : fixez un objet qui se trouve très loin de vous et, sans détourner votre regard, portez votre attention sur les éléments qui se trouvent autour. Vous constaterez qu’ils sont flous. Fixez un autre objet très proche de vous et vous constaterez que le premier objet qui se trouve loin est maintenant flou. La mise au point en photographie, c’est exactement la même chose. Et il existe deux manières de faire la MAP en photographie, à savoir :

  • La mise au point manuelle : c’est le photographe qui décide, en tournant la bague de mise au point sur l’objectif, où la photo doit être nette.
  • La mise au point automatique (autofocus) : dans ce mode, c’est l’appareil photo qui fait la mise au point, soit en lui indiquant où la faire, soit en lui laissant choisir l’endroit (voir plus loin).

Mise au point
Le bouton pour passer du mode AF (AutoFocus) au mode MF (ManualFocus) se trouve directement sur l’objectif.

Qu’on se le dise, avec les avancées technologiques de plus en plus performantes, la mise au point automatique est à utiliser dans 90% des cas, car elle est beaucoup plus précise et rapide que l’oeil humain. Néanmoins, ces deux manières de faire restent complémentaires et il est important de les maîtriser toutes les deux. En effet, la mise au point manuelle sera, par exemple, indispensable en macrophotographie, où l’autofocus est souvent perdu à cause de la végétation trop dense. Attention donc de ne pas faire l’impasse dessus par solution de facilité, car elle pourra dans certaines situations littéralement sauver votre séance photo.

Photo de chevreuil
A cause de la végétation très dense au premier plan, mon autofocus patinait à l’infini. Il a donc fallu passer en MAP manuelle pour obtenir ce cliché.

Comment fonctionne l’autofocus ?

Par défaut sur tous les appareils, la mise au point automatique se fait lorsque que vous appuyez à mi-course sur le bouton de déclenchement. Une fois que la MAP est faite sur un sujet vous entendrez (si vous ne l’avez pas désactivé) un bip sonore. Mais avant de pouvoir l’utiliser à bon escient, il est important de comprendre comment fonctionne l’autofocus. Vous vous en doutez, l’appareil ne fait pas la MAP comme par magie ou au pif. Il utilise ce qu’on appelle des collimateurs pour déterminer/”deviner” où la photo doit être nette. Les collimateurs sont des capteurs et leur représentation visuelle se trouve directement dans le viseur de l’appareil. Ce sont les petits rectangles et points que vous voyez lorsque vous prenez une photo :

Collimateurs du Canon 7D Mark II
Collimateurs du Canon 7D Mark II

Ce sont donc des “zones” chargées d’analyser l’image. Elles cherchent en priorité les zones contrastées pour déterminer où doit être faite la MAP.  Je ne rentrerai pas dans les détails pour ne pas avoir un article trop long et indigeste, mais sachez qu’il existe (en général) 3 types de collimateurs différents sur votre appareil. Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille cet excellent article.

  • Verticaux : ils sont représentés par un rectangle vertical et fonctionnent mieux sur des sujets horizontaux.
  • Horizontaux : ils sont représentés par un rectangle horizontal et fonctionnent mieux sur des sujets verticaux.
  • En croix : Ils sont en forme de carré et sont beaucoup plus performants que les deux premiers.

Par défaut en mode automatique, l’appareil utilise l’ensemble des collimateurs à sa disposition pour faire ses calculs et décidera de lui-même celui ou ceux qu’il estime le mieux pour faire la mise au point. Vous vous en doutez, dans ce mode “tout automatique”, l’appareil se trompe très souvent. Je vous déconseille donc son utilisation qui est beaucoup trop aléatoire. Heureusement, il existe d’autres modes de sélection, que l’on appelle “zones d’autofocus” et qui vous permettent de n’utiliser que certains groupes de collimateurs, voir de n’en sélectionner qu’un seul. Chaque marque et appareil ayant ses propres modes et nombre de collimateurs, je vous invite à consulter votre manuel pour savoir comment changer de zone.

collimateurs_nikon
Différentes zones dynamiques d’autofocus chez Nikon

Ne faites pas le feignant, choisissez la précision !

Sous ce titre volontairement provocateur, se cache néanmoins une vérité : si vous voulez être créatif et maître de vos photos, vous ne pouvez pas laisser l’appareil décider à votre place où doit être faite la mise au point. Il est donc primordial de n’utiliser qu’une petite zone d’autofocus (maximum de la taille de votre sujet), voir mieux, un seul collimateur pour être très précis et éviter le côté aléatoire des automatismes. Et à ce petit jeu, nous l’avons vu, c’est le collimateur central le plus performant

Oui mais si on utilise uniquement le collimateur central, on ne peut pas bien composer son image et le sujet sera forcément centré, non ? Et bien non, car il existe une technique pour exploiter la puissance du collimateur central tout en recadrant. Il s’agit tout simplement du “mise au point – recadrage” , qui ressemble à la technique que nous avons utilisé dans l’article sur la mémorisation d’exposition :

  • Placez votre sujet au niveau du collimateur central.
  • Appuyez à mi-course sur le déclencheur afin de faire la mise au point.
  • Une fois la mise au point faite (bip sonore et/ou collimateur qui devient rouge), recadrez comme vous voulez votre image tout en maintenant le déclencheur à mi-course.
  • Clic !
Les personnes qui ont aimé cet article ont aussi lu :  Correcteur dioptrique : comment régler votre appareil photo à votre vue

mise-au-point-recadrage

Cette technique est connue depuis très longtemps et est utilisable sur tous les boîtiers permettant de verrouiller la mise au point avec le déclencheur à mi-course. Elle demande un peu d’entraînement au début, car vous devez être capable de recadrer (très) rapidement votre photo. En effet, si vous ne voulez pas que votre sujet sorte de la zone de netteté entre le moment où vous faîte la mise au point et celui où vous déclenchez, il va falloir agir vite. Commencez donc par vous entraîner sur des sujets immobiles, puis sur des animaux qui bougent très peu. A force d’entraînement cela va devenir un automatisme et vous pourrez même l’utiliser sur des sujets en mouvement (mais pas trop rapides non plus). C’est personnellement la technique que j’utilise 99,99% du temps pour faire la mise au point car elle me permet :

  • D’être très précis : en allant faire la mise au point directement là où je le désire (sur les yeux du héron et non sur la base du bec… merci les automatismes qui se loupent). Ai-je également mentionné que le collimateur central est le plus performant et le plus précis de tous ?
  • De recadrer facilement : je ne suis pas contraint par la position fixe d’un collimateur et je peux donc faire ma composition au pixel près si j’en ai envie.
  • D’être beaucoup plus réactif : avec un peu d’entraînement la manœuvre se fait en même pas une seconde ! Pas de perte de temps à aller sélectionner à la molette le collimateur qui se trouve en haut à droite…

Bien évidemment je ne suis pas en train de vous dire que c’est la solution miracle et qu’il ne faut pas utiliser les autres zones d’autofocus. A chacun de se faire son propre avis et de tester les différents réglages de son appareil. Nous verrons d’ailleurs dans un article à part que pour photographier les animaux très rapides (oiseaux en vol, mammifère qui court, etc…) nous n’auront pas le choix : il faudra faire confiance aux automatismes de l’appareil.

Photo de héron
Le genre de photo qu’il vaut mieux réaliser avec plusieurs collimateurs d’activés et en mode autofocus continu.

Les différents modes d’autofocus

L’article étant déjà très long et dense, je ferai un article séparé pour vous expliquer tout ceci en détails. Mais sachez qu’il existe 3 modes différents d’autofocus :

Nom chez Nikon, Sony, etc… Nom chez Canon Principe de fonctionnement Quand l’utiliser ?
AF-S One Shot La mise au point se fait une seule fois  et reste verrouillée tant que vous restez appuyé à mi-course sur le déclencheur. A utiliser sur des sujets statiques ou peu mobiles.
AF-C AI Servo Tant que vous appuyez à mi-course sur le déclencheur l’appareil n’arrête jamais de calculer et la MAP se fait en continu. A utiliser sur des sujets en mouvement (oiseaux en vol, lapin qui court, etc…).
AF-A AI Focus C’est un mixte des deux modes. Par défaut si rien ne bouge l’appareil verrouille la MAP à mi-course. Lorsqu’il détecte un mouvement il passe en autofocus continu. Jamais. Sur le papier c’est joli, mais en situation cela ne fonctionne pas assez bien pour l’utiliser efficacement.

Nous verrons plus tard dans quelles situations les utiliser, mais si vous débutez contentez vous d’utiliser la mise au point fixe et la technique de recadrage que nous venons de voir, car elle est beaucoup plus simple à maîtriser et est largement suffisante dans la grande majorité des cas.

Photo d'araignée
Faut que ça “pique”

Où faire la mise au point pour réussir sa photo ?

Car c’est bien gentil de savoir comment faire la mise au point, encore faut-il savoir où il est préférable de la faire ! Cela dépend bien évidemment de votre sujet et de ce que vous voulez raconter sur la photo, mais voici quelques conseils et “règles” de base couramment utilisées par la grande majorité des photographes (moi y compris) :

  • En photographie et macrophotographie animalière :  La MAP devra absolument être sur les yeux de l’animal. Non-négociable ! Croyez-moi, si les yeux ne sont pas parfaitement nets c’est que la photo n’est pas (techniquement) réussie.
  • En macrophotographie florale : tout dépend de l’angle de prise de vue et de ce que vous voulez montrer, mais j’apprécie d’avoir les pistils (le “cœur” de la fleur) nets.
  • En photographie abstraite : Aucune règle, laissez parler votre imagination, testez des choses et amusez-vous (pour une fois que vous pouvez…).
  • En photographie de paysage : ce domaine permet plus de liberté car les distances sont immenses. Généralement on cherche à avoir la plus grande profondeur de champ possible, il faut donc viser l’hyperfocale (nous en reparlerons). Si vous ne savez pas de quoi il s’agît, contentez vous de faire la mise au point très loin et fermez beaucoup votre diaphragme (f/11, f/16,…)

Dans tous les cas ne prenez pas ces “règles” au pied de la lettre non plus, n’oubliez jamais que la photo est une question de ressenti et d’émotions, alors laissez parler votre créativité avant tout.

Fleur rose


Vos photos sont toujours floues ?

Avant de jeter votre appareil par la fenêtre pensez à regarder si votre vitesse d’obturation est assez rapide pour figer le mouvement de votre sujet. Malgré tous ces conseils votre sujet reste un quand même un peu flou ? Et bien nous verrons la solution à votre problème dans un prochain article, car vous êtes très probablement victime d’une profondeur de champ trop… courte !

C’est tout pour aujourd’hui, l’article était très dense car beaucoup de notions ont été abordées, prenez donc bien le temps de le relire si besoin et surtout de consulter votre manuel pour tester les différents réglages. Chaque appareil étant différent, il m’est impossible de vous dire comment accéder aux vôtres, mais en cas de besoin n’hésitez pas à poser des questions en commentaires. Si vous avez apprécié cet article n’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux afin que d’autres débutants puissent en profiter à leur tour.

En attendant le prochain article… prenez des photos !

  • GoBois64 dit :

    Merci Karin de ta réponse

  • Karin dit :

    Si tes lunettes sont bien a ta vue, normalement, tu dois être au milieu des crans de la roulette de réglage.
    mais si ce n’est pas le cas c’est pas grave…

  • GoBois64 dit :

    Merci Karin et Adrien pour vos réponses !
    Une petite précision Karin : qu’entends-tu par “normalement au milieu”?
    Comme toi j’ai tendance à garder mes lunettes en permanence sur le nez 🙂
    merci d’avance pour ta réponse.

  • Karin dit :

    Moi ,j’ai des lunettes.
    J’ai toujours mes lunettes lorsque je photographie, ce qui me permet de voir et surveiller l’environnement exterieur.
    Donc lunettes sur le nez en permanence et réglage de la dioptrie fait avec lunettes (normalement au milieu).

  • GoBois64 dit :

    Bonjour Adrien !
    A la relecture de ton article, je me pose une nouvelle question (encore une) :
    je suis porteur de lunettes,( eh oui avec l’âge), je me demande donc comment je dois régler mon correcteur dioptrique. Dois-je conserver mes lunettes et ajuster la molette jusqu’à obtenir la netteté souhaitée ou bien effectuer le réglage sans ? Ou dois-je prendre mes photos sans lunettes après réglage du correcteur dioptrique ?
    Ma question peut sembler incongrue mais j’imagine que si l’on a mal réglé initialement le correcteur dioptrique nous aurons toujours des photos floues malgré toutes tes recommandations.
    Cordialement, Gérard

    • C’est une bonne question ! N’ayant pas de lunettes j’avoue ne me l’être jamais posée… C’est un peu selon ce que tu considères le plus pratique pour toi. Après quelques recherches :

      AVEC LUNETTES : Normalement pas besoin de faire de correction puisque ce sont tes lunettes qui corrigent ta vue.

      SANS LUNETTES :
      – Il semblerait que le correcteur dioptrique est suffisant pour corriger la plupart des problèmes de vue.
      – Si tu as des problèmes de vue trop importants, il y a la possibilité de changer le viseur de l’appareil pour un modèle beaucoup mieux adapté à ta vue (voir avec la marque de ton appareil, mais ça doit coûter pas mal je pense).

      Voilà, j’espère t’avoir aidé, mais encore une fois je ne me suis jamais posé la question, je ne fais que reprendre des infos piochées sur d’autres site, mais c’est plutôt du bon sens.

  • GoBois64 dit :

    Bonsoir Adrien,
    j’ai découvert votre site très récemment et je dois avouer que vos articles sont super clairs et présentés avec un langage plaisant à lire sans termes trop techniques. Je reviendrai lire vos articles passés.
    Bravo et bonne continuation !
    Gérard

  • Karin dit :

    Bien expliqué et clair, comme d’habitude !