Les modes créatifs pour le photographe de Nature

Je vais vous parler aujourd’hui des modes créatifs de votre appareil photo et comment les utiliser en photographie animalière et de Nature. Vous savez, ce sont ces initiales un peu bizarres qui se trouvent sur la grosse molette, au dessus du boîtier: Av, Tv, M et P. Derrière ces lettres se cachent tout simplement les différents modes de votre appareil, que vous allez devoir apprendre à maîtriser si vous voulez sortir du mode automatique (car oui, le mode auto, c’est le mal !). Je ne parlerai pas dans cet article des modes tout automatique (portrait, paysage, sports, etc…), car ils n’offrent tout simplement aucune liberté et ne se contentent que d’appliquer des réglages prédéfinis, sans aucune modification possible. Alors, prêts à abandonner le mode automatique et à enfin progresser en photographie ? C’est parti !

PS : Selon la marque de votre appareil, les initiales peuvent changer. J’utilise dans cet article celles de la marque Canon car c’est avec elle que je photographie. Chez Nikon, l’équivalent des modes créatifs sera  A, S, M et P. Pour les autres marques, je vous invite à consulter internet ou votre manuel d’utilisateur. De plus, n’ayant jamais testé le mode Programme, je n’en parlerai donc pas pour ne pas dire de bêtises.

 

modes créatifs

 


Bourdon

 

Priorité à l’ouverture (Av)

Pouvoir fixer l’ouverture du diaphragme à une valeur donnée et laisser l’appareil décider des autres réglages, voilà ce que permet ce mode. Son utilisation est donc très intéressante pour deux raisons, à savoir le contrôle de la profondeur de champ et de la quantité de lumière captée. En effet, plus l’ouverture sera grande, plus la profondeur de champ sera petite (et plus la photo sera exposée). Un mode très pratique donc pour créer de beaux arrière-plans flous appelés “bokeh”, ce qui est particulièrement recherché en macrophotographie notamment.

Dans la pratique, si vous trouvez que votre fond est trop “présent”, augmentez tout simplement l’ouverture de votre diaphragme pour avoir moins de profondeur de champ. L’appareil adaptera alors automatiquement les autres réglages pour compenser le surplus de lumière. Vous n’avez rien d’autre à faire. A noter que dans ce mode, les ISO peuvent être mis en auto.

 

Quand l’utiliser ?

  • En macro, en macro, en macro et… en macro ! 
  • Pour détacher le sujet du fond :  une grande ouverture permet d’obtenir une faible profondeur de champ, ce qui provoque des arrière-plans très flous, qui mettent beaucoup mieux en valeur le sujet
  • Pour faire des photos créatives : ce point est évidemment une question de goûts personnels, mais je trouve qu’un bokeh bien travaillé permet d’obtenir des photos beaucoup plus créatives et agréables à l’œil
  • En paysage : régler l’ouverture sur une faible valeur permet d’obtenir une très grande profondeur de champ, très recherchée en photographie de paysage
  • En faible condition de lumière : plus vous ouvrez, plus le capteur reçoit de lumière

 


  Photos moineaux

 

Priorité à la vitesse (Tv)

Dans ce mode vous réglez la vitesse d’obturation et laissez l’appareil choisir les autres réglages pour avoir une exposition “correcte”. C’est un mode qui est donc particulièrement intéressant pour nous, photographes animaliers, puisqu’il permet de figer facilement les sujets les plus rapides. Le lapin qui court apparaît flou sur la photo ? Passez donc à 1/4 000s !

Avec un peu d’expérience vous serez alors capable de prévoir à l’avance la vitesse à utiliser selon l’espèce photographiée, très pratique pour gagner du temps et commencer à régler son appareil avant même de shooter….

 A noter que dans ce mode, les ISO peuvent également être mis en auto.

 

Quand l’utiliser ?

  • Pour figer les sujets rapides
  • Pour les suivis de mouvement : oiseaux en vols, animal qui court, etc…
  • Pour suggérer le mouvement : une “faible” vitesse permet de créer du flou sur les parties les plus rapides de l’animal (les ailes sur la photo précédente par exemple, ou les pattes du renard qui court) tout en gardant le reste du corps net.
  • Pour faire des filés

 


Photo de ragondin

 

Le mode manuel (M)

Le Saint Graal du photographe ? Surtout un sujet qui fait débat depuis plusieurs décennies… un vrai photographe ne doit-il utiliser que le mode manuel ? Est-ce que les autres modes sont de la triche ? Ne cherchez pas de réponse définitive sur Pose Nature, vous ne la trouverez pas 🙂

En mode manuel, comme son nom l’indique, vous abandonnez tous les automatismes de l’appareil. C’est donc à vous de régler les réglages d’ouverture, de vitesse et la sensibilité ISO, selon la situation et selon votre expérience. Enfin, pas vraiment, car il est toujours possible de passer les ISO en auto ici aussi, mais il faut avouer que c’est un peu contradictoire avec le fait de passer en manuel…

A noter qu’il existe également un outil très pratique, l’indicateur d’exposition, qui est une sorte de réglette qui estime en temps réel si l’exposition est “bonne” selon les réglages utilisés.

 

indicateur-de-niveau-d'exposition

Sous-exposition <==Bonne exposition==> Sur-exposition

 

Cet indicateur est visible dans le viseur de votre appareil (ou sur l’écran LCD du dessus) et vous verrez qu’un petit curseur se balade en permanence de gauche à droite quand vous bougez le boîtier. C’est tout simplement l’appareil qui calcule en permanence la quantité de lumière selon les réglages que vous utilisez.

Si ce curseur se trouve au centre de la réglette (à la valeur 0 sur l’animation précédente), alors l’exposition est “bonne” et vous obtiendrez une photo plus ou moins bien exposée. Si il se trouve à gauche, la photo sera sous-exposée, il faudra alors modifier un des réglages du triangle d’exposition pour équilibrer l’exposition. Si il se trouve à droite, la photo sera sur-exposée. Pratique pour avoir une estimation !

 

Quand l’utiliser ?

Pour les puristes, tout le temps ! Mais, en vérité, ce mode est la plupart du temps très pratique pour des situations lumineuses compliquées, là où l’appareil n’arrive pas à comprendre la scène qui se trouve devant lui. Parmi elles, on retrouve :

  • Les levers et couchers de soleil
  • Les contre-jours : le fort contraste affole très souvent le capteur et passer en mode manuel permet de reprendre la main sur les réglages
  • Les sujets fixes et/ou quand on est sur trépied : typiquement en paysage ou en photographie de fleurs, où on peut vraiment prendre le temps de peaufiner absolument tous les détails

 


Jeunes pousses

 

Quel mode j’utilise ?

Je ne vais pas vous le cacher, j’utilise 99,9 % du temps le mode priorité à l’ouverture. Pourquoi ? Tout simplement car je suis un très grand fan des bokehs très prononcés et du flou en général. L’ouverture du diaphragme est donc le réglage le plus important pour moi et il n’est d’ailleurs pas rare que je travaille à pleine ouverture. Ce mode me permet donc de fixer mon ouverture à la valeur souhaitée et de ne pas m’encombrer des autres réglages…

L’animal est trop rapide et le boîtier n’arrive pas à monter à une vitesse suffisante ? Pas besoin de passer en priorité vitesse ! J’augmente tout simplement les ISO, ce qui aura pour conséquence d’augmenter ma vitesse (puisque l’ouverture est fixe l’appareil n’aura pas d’autre choix que d’augmenter ce réglage).

Alors oui, les puristes vont me dire que je pourrais éventuellement utiliser le mode manuel et avoir une plus grande liberté, mais j’aime ne pas perdre de temps en adaptant en permanence mes réglages. En effet, lorsque je suis en balade, il n’est pas rare que les conditions lumineuses changent très rapidement : un nuage qui passe devant le soleil, un passage à l’ombre, la lumière du soir qui tombe très rapidement, etc…

Toutes ces légères modifications de l’environnement ont un impact bien plus important que l’on ne le pense sur l’exposition de la photo et ils nécessitent de garder un œil sur les réglages, ce dont j’ai horreur. Le mode priorité à l’ouverture me permet d’éviter tout ceci, puisqu’il adapte en temps réel l’exposition à chaque fois que je change la valeur de mon ouverture. Je suis ainsi beaucoup plus réactif et je déclenche beaucoup plus. Enfin, si le boîtier n’arrive pas à bien interpréter la scène et que l’exposition de la photo ne me convient pas totalement, il est toujours possible de rectifier le tir avec la correction d’exposition, dont nous parlerons dans un prochain article, ou dans des cas extrêmes à passer en mode manuel. 

Toutes ces raisons me font donc préférer le mode priorité à l’ouverture dans la (très) grande majorité des cas, car celui-ci convient parfaitement à ma démarche photographique, qui est de créer des images créatives laissant place à l’imaginaire plutôt qu’à la “réalité”.

 


 

azure

 

Conclusion des modes créatifs

Quasiment tous les boîtiers modernes gèrent maintenant très bien la mesure d’exposition, alors pourquoi se priver des modes semi-automatiques ? Le débat du tout manuel contre le semi-auto n’est selon moi, et c’est mon avis personnel, plus d’actualité tant les outils mis à notre disposition sont devenus terriblement performants. Alors certes, le mode manuel est définitivement celui qui permet le plus de liberté, personne ne le nie, mais il ne faut pas non plus négliger les autres, bien plus faciles et pratiques d’utilisation. De plus, ces modes créatifs auront l’énorme avantage de ne pas décourager les débutants en photographie animalière et de Nature qui sont vite perdus dans les réglages.

Alors mon conseil final : prenez le temps de tous les tester et choisissez celui qui vous convient le mieux, sans vous préoccuper de ce que disent les autres. Car oui, définitivement oui, la photographie, c’est avant tout se faire plaisir, peu importe la manière d’utiliser son appareil. Point.

Et vous, quel mode utilisez-vous la plupart du temps ? Quel est celui qui correspond le mieux à VOTRE pratique ? N’hésitez pas à donner votre réponse en commentaires.

Sur ce, bonnes photos !

 

 

  • AVERT dit :

    Merci pour cet article qui résume bien chaque mode.
    Pour ma part j’ai quelques problèmes à retrouver mes habitudes que j’ai avec mon reflex dans l’utilisation d’un compact expert (rx100).

    • Merci pour le commentaire ! Les habitudes arrivent vite avec la pratique, je ne me fais pas de soucis là-dessus.

      Et jolies photos sur ta page Facebook (je me permets de tutoyer…), j’aime beaucoup celles du torcol fourmilier, c’est incroyable ce camouflage naturel qu’ils ont développé.

  • jacques dit :

    Bonjour Adrien, trés bon article, simple et clair.J’utilise pour ma part exclusivement le mode priorité vitesse en photographie animalière, d’autant que je chasse les oiseaux des marais,nombreux en Charente Maritime.Cependant mes images sont trés souvent trop sombres,pourtant cet été,la lumière ne nous a pas manqué.A deux pas de chez moi se déroule chaque année le festival de Ménigoute,fin octobre-début novembre.

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