Théorie du contraste : comment améliorer l’impact de vos photos

Aujourd’hui, j’aimerais poser l’appareil photo dix minutes et prendre le clavier pour vous parler, non pas de technique, mais d’Art et de sensibilité artistique. Cela fait maintenant plus d’une décennie que je m’intéresse aux Arts Visuels sous toutes ses formes, que ce soit via mon travail de graphiste ou via mes passions (cinéma, photographie, peinture, dessin, etc…). Ces années à explorer différents domaines m’ont amené à me poser plusieurs questions. Quels sont les facteurs qui font qu’une oeuvre va plaire instinctivement au plus grand nombre ? Quels sont les paramètres qui font qu’une peinture est considérée comme belle ? Existe-t-il des méthodes, des choses à mettre en place pour favoriser le beau et l’esthétique ? De nombreuses pistes ont bien évidement été exploitées depuis des siècles et de nombreuses règles ont fait leur apparition (la règle des tiers pour ne citer qu’elle). Je n’ai donc aucune prétention, avec cet article, de réinventer la roue. La théorie dont je vais vous parler aujourd’hui, n’est ni plus ni moins inspirée d’une théorie déjà existante (et un peu de ma propre expérience), que j’ai détournée pour l’appliquer à la photographie. Nous allons donc parler de la théorie du contraste.

 

photo de lys

 

Théorie du contraste : le fonctionnement humain

Avant de parler de photographie, essayons de comprendre un peu comment fonctionnent le corps et l’esprit humain. Vaste sujet qui a fait couler beaucoup d’encre… Qu’est-ce qui est le plus ennuyeux pour un être humain ? Réponse : la routine, la monotonie, le calme plat. Comment perdre l’attention de votre interlocuteur ? Parlez-lui sur un ton complètement plat, ne rythmez surtout pas vos phrases, parlez tout bas ! A l’inverse, avez-vous remarqué que votre attention est captée dès qu’un événement vient rompre la monotonie du moment ? Si au cours d’une discussion je pointe sur vous, tout d’un coup, un pistolet, il y a fort à parier que vous allez avoir un pic monstrueux d’adrénaline. Pourquoi ? Parce qu’il y a contraste énorme !

 

Photo de ragondin

 

Et oui, vous l’aurez compris, le corps humain réagit principalement aux contrastes, aux changements brusques de situations, aux choses qui frottent et qui attirent immédiatement l’œil. Réfléchissez-y 5 minutes. Ce phénomène est déclinable à l’infini et dans plein de domaines différents. Voici d’autres situations pour vous en convaincre :

  • Vous êtes dans une voiture, perdu(e) dans vos pensées. Si le conducteur accélère calmement, vous ne vous rendez quasiment pas compte de l’accélération, mais que va-t-il se passer si il passe brusquement de 50km/h à 150 km/h en quelques secondes ? 
  • Vous êtes un fan inconditionnel de Pose Nature et vous êtes tranquillement en train de lire un nouvel article passionnant, quand l’auteur vous propose d’écouter un morceau de musique pour accompagner ce moment exquis : “Don’t stop me now” du groupe Queen. Enivré(e) par la douce voix de Freddie Mercury et par ses notes de piano finement placées, vous continuez la lecture de cet article, apaisé et heureux d’en apprendre toujours plus sur la photographie. Quand tout d’un coup… BAM !! “‘CAUSE I’M HAVING A GOOD TIIIIIIME !!” En moins de 5 secondes vous voilà passé d’un état de tranquillité à une envie de sauter partout. Plus rien ne vous arrête ! 🙂
  • En pagaille : vous êtes concentré sur votre macramé quand une porte claque. L’ascenseur fait une chute libre du 5ème au 3ème étage. Vous êtes bercé par le bruit de la pluie quand un coup de tonnerre viens rompre le silence. Vous lisez tranquillement un bouquin quand votre femme vous sort le fameux “qu’est ce qu’il y a ?!” (pic de stress !)… On continue ?

 

SI VOUS LISEZ CECI AVANT D’AVOIR LU LES EXEMPLES PRÉCÉDENTS, C’EST QUE VOUS VOUS ÊTES LAISSÉ AVOIR PAR LA THÉORIE DU CONTRASTE !

 

Que s’est-il passé ? Vos yeux ont été naturellement attirés par ce qu’ils jugeaient différent par rapport à la situation du moment (ici les majuscules + texte en gras + couleur rouge contrastant avec le texte normal). C’est une vérité, nous n’éprouvons des émotions très fortes que lorsque quelque chose de différent se passe, quand un événement particulier vient troubler notre routine. Certains utilisent des drogues pour atteindre ces pics d’hormones, d’autres pratiquent des sports extrêmes, d’autres le sexe. N’y a-t-il donc pas moyen de tourner ce phénomène à notre avantage, afin de créer des images à l’aspect visuel beaucoup plus impactant ? Si. Et c’est ce que nous allons voir immédiatement avec la théorie du contraste en photographie.

 


 

Théorie du contraste
Le carré orange du haut paraît beaucoup plus éclatant et joli que celui du bas, qui paraît terne. Ce sont pourtant exactement les deux mêmes couleurs. Seul le fond où ils sont placés change.

LE CONTRASTE DE COULEURS

La loi du contraste simultané des couleurs, cela vous parle ? Non ? Pourtant elle est utilisée depuis des siècles par les plus grands peintres, que ce soit par Leonard De Vinci ou Van Gogh, qui l’utilisaient par instinct. Elle a été énoncée pour la première fois en 1839, par le chimiste Michel-Eugène Chevreul. La loi du contraste simultané des couleurs est une caractéristique de la perception humaine des couleurs. Voyons ce que Wikipédia nous dit : ” Le ton de deux plages de couleur paraît plus différent lorsqu’on les observe juxtaposées que lorsqu’on les observe séparément, sur un fond neutre commun. Si les plages diffèrent par la luminosité, la juxtaposition augmente la perception de la différence de luminosité ; si les plages diffèrent par la teinte, la différence de teinte est magnifiée. Les deux effets peuvent se produire simultanément.” – Wikipédia

Difficile à comprendre malgré ces explications ? En gros, cela signifie qu’une même couleur sera beaucoup plus jolie et éclatante si elle se trouve à proximité d’une autre couleur bien définie, plutôt qu’à côté d’une autre (cf l’illustration du dessus avec les carrés). Reporté à la photographie, cela signifie que l’ensemble de l’image sera beaucoup plus harmonieux si elle comporte certaines associations de couleurs. Ok, mais comment savoir quelles associations fonctionnent quand on n’y connait rien ? Quelle couleur aura le plus d’impact à côté d’une autre ? Et bien tout cela a également été théorisé et porte le nom de couleurs complémentaires, que l’on retrouve très facilement grâce au cercle chromatique.

Les personnes qui ont aimé cet article ont aussi lu :  Découvertes photos de la semaine - Episode 01

cercle chromatique

Comment fonctionne-t-il ? C’est assez simple. Choisissez une des couleurs du cercle : sa couleur complémentaire sera celle qui se trouve à son opposé. Par exemple, le orange se mariera parfaitement bien avec le bleu, tandis que le jaune mettra parfaitement en valeur un beau violet. Attention cependant à ne pas être trop strict avec cette règle, puisqu’un rouge marchera également très bien autour d’un jaune verdâtre ou d’un vert bleuté. Pensez avant tout en terme d’harmonie et de teintes de couleurs. Comme toutes les règles, il faut savoir parfois les transgresser ou les adapter. Maintenant que vous avez compris la théorie du contraste de couleurs et des couleurs complémentaires, essayez de mettre tout cela en pratique directement sur le terrain : cherchez une belle coccinelle rouge au beau milieu d’une plante bien verte, photographiez un rouge-gorge (qui a en fait la gorge orange…) sur fond de ciel bleu, etc… Les possibilités sont infinies, alors amusez-vous !

 

Théorie du contraste de couleurs

 

LE CONTRASTE DE LUMINOSITÉ

Pourquoi trouvons-nous une ville éclairée la nuit beaucoup plus jolie que le jour ? Pourquoi un coucher de soleil nous fait ressentir autant d’émotions ? Cela vous semble naturel, mais c’est en fait parce qu’il y a un contraste très fort entre les parties claires et les parties foncées de ce que vous êtes en train de regarder. Cette amplitude extrême entre le sombre et le clair provoque naturellement en nous des sensations fortes. Qui n’a jamais été subjugué devant une photo en noir et blanc très contrastée de Laurent Baheux ? Qui n’a jamais été hypnotisé par le reflet d’une flamme de bougie dans les yeux de sa dulcinée plongée dans la pénombre ? Le contraste de luminosité est extrêmement puissant, surtout en photographie, car il donne un aspect visuel très fort aux images et provoque des émotions qu’une photo “normale” n’est pas capable de reproduire. La preuve avec toutes les techniques photos qui utilisent ce principe : le High-Key, le Low-Key, le contre-jour, les golden-hours, etc…

Cherchez donc et favorisez ces conditions lumineuses très particulières, devenez un vrai chasseur d’ambiances, trouvez les trouées de lumière, levez-vous tôt le matin pour profiter des premières lueurs incroyables de la journée et surtout apprenez à maîtriser le triangle d’exposition pour les exploiter au mieux. Succès garanti !

 

techniques photo
Théorie du contraste de luminosité

 

LE CONTRASTE DE TEXTURES

Dans le même ordre d’idée, il existe un autre contraste intéréssant à exploiter, celui des textures. Regardez par exemple la photo de guêpe juste en dessous. Elle est de prime-abord assez simple, voir minimaliste, le sujet n’est pas extraordinaire non plus. Pourtant elle fonctionne, car il existe un contraste important entre le fond très vaporeux/doux et le côté piquant et très détaillé de l’animal. La tête de la guêpe semble sortir de nulle part et attire l’oeil, qui cherche naturellement un point d’accroche dans tout ce flou.

Jouez donc sur les textures : utilisez la pleine ouverture pour créer des fonds très vaporeux qui mettront en valeur votre sujet, ou au contraire essayez d’avoir des fonds beaucoup plus travaillés, avec beaucoup de détails. Jouez sur le côté piquant d’une branche de ronces ou sur le côté enflammé d’un coucher de soleil. Donnez au spectateur l’envie de toucher votre photo !

 

Contraste de texture
Théorie du contraste de textures

 

LE CONTRASTE DE SITUATIONS

De la même manière qu’un homme courant nu au milieu d’une foule va attirer les regards et surprendre, prenez votre spectateur au dépourvu. Cherchez des situations que l’on n’a pas l’habitude de voir, des comportements inédits, des actions insolites. L’environnement joue également un rôle important, comme on peut le voir sur cette photo d’ombre de renard pris en pleine ville. Nous cherchons tous à sortir de notre ennuyeuse routine, à voir des choses que nous n’avons jamais vues. C’est pour cela que nous aimons autant regarder des films à sensations, que des images insolites font le buzz sur internet, que les catastrophes naturelles font autant parler dans les informations. La mémoire visuelle est la plus puissante, alors frappez l’esprit des gens avec vos photos et vous pouvez être sûr qu’ils se souviendront longtemps de vos images. Bref, soyez CRÉATIFS !

 

Contraste de situation
Théorie du contraste de situations. © Richard Peters – © Reinhard G

 


CONCLUSION SUR LA THÉORIE DU CONTRASTE

Le web regorge de photographies qui se ressemblent, tous les domaines et les sujets ont été sur-exploités et tout a été fait. Ou presque. Car malgré cette sur-production, certains arrivent encore à nous surprendre et à proposer une vision unique. Comment font-ils ? Qu’est-ce qui fait qu’un photographe va sortir du lot ? Comment se démarquer ? En faisant parler l’imaginaire et en marquant les esprits ! C’est la base de la photographie et de toute forme d’Art : provoquer des émotions au spectateur. Une piste à exploiter est donc, et j’espère vous avoir convaincu à travers cet article, d’utiliser la formidable faculté de l’être humain à réagir aux contrastes. Soyez créatifs !

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que cette théorie du contraste vous sera utile. Si vous avez apprécié cet article n’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux afin que d’autres débutants puissent en profiter à leur tour. N’hésitez pas également à partager en commentaire votre avis et votre expérience : voyez-vous d’autres types de contrastes possibles en photo ?

En attendant le prochain article… prenez des photos !

  • GoBois64 dit :

    Bonsoir Adrien !
    Encore un article très intéressant qui aborde le fondamental d’une démarche photographique dans cette volonté d’interpeller le regard d’autrui non seulement par le sujet en lui-même mais en suscitant une émotion visuelle.
    De plus ton article vient judicieusement compléter une de mes lectures actuelles, le livre de Harald Mante intitulé Composition et couleur en photographie.
    Même si tes intitulés de contraste diffèrent quelque peu de cet auteur, j’y ai trouvé des éclaircissements au langage parfois abscons utilisé dans cet ouvrage.
    Ton contraste de couleurs correspond au contraste de teinte et au contraste des complémentaires, ton contraste de luminosité au contraste tonal, ton contraste de textures au contraste de qualité.
    Mon ouvrage mentionne également le contraste de qualité basé sur une opposition de couleurs saturées et pastels, le contraste chaud-froid.
    Ton contraste de situation vient opportunément enrichir notre catalogue visuel pour transmettre et partager des moments fugaces mais qui cependant nous inspire une plénitude et une émotion intime, nous “provoque des émotions” comme tu le dis si bien.
    Tes articles sont toujours aussi passionnants, continue Adrien !
    Je te souhaite une bonne soirée !
    Gérard

    • Bonsoir Gérard !
      Ton commentaire est également très intéressant et vient parfaitement compléter mon article, merci beaucoup. A vrai dire je ne me suis pas vraiment documenter plus que cela sur ces principes, c’était plus par instinct que je les ai posées, mais cela me rassure de voir qu’elles existent bien !
      Je m’en vais de ce pas rajouter ton livre à ma liste d’achat, car il m’a l’air passionnant !
      Bonne soirée à toi.

  • Karin dit :

    Très intéressant le sujet de ton article, Adrien.
    On entre dans le fondamentale.
    Tu arrives, toujours aussi simplement, à expliquer les “ficelles” qui vont venir jouer avec notre émotion de faiseur ou spectateur d’images.
    L’émotion, c’est bien là le petit plus qui fait qu’une photo “passe”, ou pas.
    Merci à toi pour tes articles, et continue.